Sur une ancienne rive du lac Fuxian, dans le sud-ouest de la Chine, 35 outils en bois vieux de 250 000 à 361 000 ans ont été exhumés d’une argile privée d’oxygène. Ces bâtons à fouir servaient à déterrer et traiter des plantes, non à chasser.

Le site de Gantangqing, dans la province du Yunnan, a livré un ensemble de 35 outils en bois façonnés, décrit dans la revue Science le 3 juillet 2025 par une équipe menée par Jianhui Liu (Yunnan), Bo Li (université de Wollongong) et Robin Dennell (université de Sheffield). Ce sont les plus anciens outils en bois jamais mis au jour en Asie de l’Est.

Un bois conservé par miracle

Les pièces ont été datées entre environ 361 000 et 250 000 ans par luminescence, une dent de mammifère fournissant un âge complémentaire d’environ 288 000 ans. La conservation exceptionnelle du bois tient à un enfouissement dans une argile pauvre en oxygène, au bord de l’ancien lac Fuxian.

Des bâtons à fouir, pas des épieux

La plupart des outils sont taillés dans du pin : de grands bâtons à fouir maniés à deux mains, de petits instruments pointus, et des pièces crochues qui ont pu couper des racines. Ils portent des traces d’usure et des résidus de terre et d’amidon compatibles avec le creusement du sol, et étaient associés à des outils de pierre et à des os découpés.

Contrairement aux célèbres épieux de Schöningen, en Allemagne, tournés vers la chasse, l’outillage de Gantangqing visait la cueillette : déterrer et transformer des organes végétaux souterrains et des plantes aquatiques. Le site a livré pignons de pin, noisettes, kiwis, baies et fougères, dessinant un régime largement végétal.

Longtemps, l’absence de bois fossile a fait de la préhistoire une histoire de pierre ; Gantangqing rappelle qu’elle fut aussi une histoire de plantes.

Une préhistoire sous-estimée

Des incertitudes demeurent : aucun fossile humain n’accompagne les outils, et l’identité de leurs auteurs (une forme archaïque d’Homo) reste indéterminée. Les auteurs soulignent surtout que le bois se conserve très rarement au Paléolithique ancien, ce qui a pu fausser notre vision en surestimant la place de la pierre.