Tracéologue
Le tracéologue lit au microscope les traces d’usure laissées sur les outils de pierre ou d’os pour établir à quoi ils ont servi.
Une journée type
La matinée se passe souvent à nettoyer : une pièce mal dégraissée ne se lit pas. Puis vient l’observation, d’abord à la loupe binoculaire pour repérer les zones actives, ensuite au microscope métallographique à fort grossissement pour caractériser les micro-polis.
L’autre moitié du métier est expérimentale, et c’est celle qu’on ne soupçonne pas : pour reconnaître la trace laissée par le raclage d’une peau sèche, il faut avoir taillé l’outil, raclé une peau pendant des heures, puis observé le résultat. Chaque tracéologue construit ainsi son propre référentiel, patiemment.
Le reste est de la documentation : photographie en lumière rasante, base de données, rédaction du rapport d’étude remis à l’équipe de fouille.
La formation
Le parcours réellement emprunté, pas le parcours théorique.
Il n’existe pas de diplôme de tracéologie. On y arrive par un master orienté préhistoire ou sciences de l’archéologie, puis par une thèse dont le sujet mobilise la méthode, encadrée dans un laboratoire qui la pratique déjà. C’est la spécialisation par compagnonnage : on apprend à côté de quelqu’un qui sait lire.
Le master compte moins que le laboratoire d’accueil. Se renseigner sur les équipes qui pratiquent la tracéologie avant de choisir son université est le conseil le plus utile qu’on puisse donner.
Les débouchés, sans enjoliver
Ce que disent les chiffres publics, et ce qu’ils ne disent pas.
Très étroits, et il faut le dire sans détour. Il n’existe pratiquement pas de poste intitulé « tracéologue ». La compétence s’exerce dans le cadre d’un poste de chercheur, d’enseignant-chercheur ou d’ingénieur d’études; c’est-à-dire dans le goulot d’étranglement de la recherche publique.
Ordre de grandeur : le CNRS a ouvert 5 postes de chargé de recherche en 2026 dans la section 31, celle qui couvre la préhistoire, toutes spécialités confondues (arrêté du 9 décembre 2025). La tracéologie n’est qu’une des dizaines de spécialités qui s’y présentent.
La voie réaliste est mixte : un poste principal (enseignement, ingénierie, opérateur d’archéologie) et des études tracéologiques réalisées en prestation pour des équipes de fouille.
La rémunération
Chaque fourchette porte sa source. Ce qui n’est pas publié n’est pas estimé.
| Pendant la thèse | contrat doctoral, montant fixé par arrêté ministérielMontant revalorisé régulièrement; à relever sur le texte en vigueur au moment de la candidature. |
| Chargé de recherche CNRS | grille indiciaire de la fonction publique d’ÉtatGrille publiée ; voir la fiche « Chargé de recherche au CNRS ». |
| Prestation d’étude | facturée à la mission, pas de barème publicAucune donnée publique consolidée trouvée au 15 août 2026. |
Qui recrute
- CNRS · unités mixtes de recherche en archéologie et préhistoire
- Universités · postes d’enseignant-chercheur et d’ingénieur d’études
- Muséum national d’Histoire naturelle · départements Homme et environnement
- Opérateurs d’archéologie préventive · études de mobilier confiées en prestation
Idées reçues
« Il faut surtout un microscope performant. »
L’instrument est secondaire. Ce qui fait la lecture, c’est le référentiel expérimental constitué à la main pendant des années; deux tracéologues équipés à l’identique ne lisent pas la même chose.
« La tracéologie dit avec certitude à quoi servait un outil. »
Non. La lecture est probabiliste, et elle reste discutée pour certaines matières travaillées. Les publications sérieuses assortissent leurs conclusions de degrés de confiance.
L’angle préhistoire
Ce métier ne s’exerce pas qu’en préhistoire. Voici ce qui change quand c’est le cas.
La tracéologie est née sur du matériel préhistorique : c’est en étudiant des outils de pierre que Sergueï Semenov en a posé les principes, dans un ouvrage traduit en anglais en 1964 sous le titre Prehistoric Technology. La discipline s’est ensuite étendue à d’autres périodes, mais son terrain d’origine reste le sien.
Concrètement, c’est elle qui permet d’affirmer qu’un grattoir a servi sur peau plutôt que sur bois, ou qu’une lamelle a été emmanchée comme armature de projectile. Autrement dit : elle transforme un tas de silex en gestes.
- Arrêté du 9 décembre 2025 autorisant au titre de 2026 l’ouverture de concours pour le recrutement de chargés de recherche de classe normale du CNRS, JORF (5 postes en section 31 sur 248 au total).
- S. A. Semenov, Prehistoric Technology, Londres, Cory, Adams & Mackay, 1964 (traduction de l’édition russe de 1957), ouvrage fondateur de la méthode.
Fiche vérifiée le 15 août 2026. Les chiffres de rémunération, de postes et de formation sont revus chaque année en septembre ; si vous constatez un écart, écrivez-nous à gerald.rougerie@epopee-sapiens.com.
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