Le plus grand ensemble de gravures rupestres du monde voisine avec des usines depuis cinquante ans. Une étude parue dans Scientific Reports montre que la roche est d'autant plus poreuse qu'on se rapproche des installations industrielles, et met en cause les émissions passées de dioxyde de soufre.

Un à deux millions de gravures

Murujuga, en Australie occidentale, porte entre un et deux millions de pétroglyphes. Les plus anciens remontent à plusieurs dizaines de milliers d'années et racontent la relation des peuples Ngarda-Ngarli à ce paysage. Depuis les années 1960, la péninsule accueille aussi des usines de gaz et d'engrais, et la question de leur effet sur les gravures est posée depuis presque aussi longtemps.

Le programme de suivi de l'art rupestre de Murujuga vient de rendre des résultats qui tranchent en partie ce débat. Ils reposent sur la mesure de la qualité de l'air à travers la péninsule, sur l'échantillonnage continu de la chimie des pluies et sur plus de cinq mille cinq cents analyses de laboratoire menées sur des échantillons de roche.

Ce que mesure la porosité de la roche

Les gravures de Murujuga sont obtenues en piquetant une pellicule sombre qui recouvre la roche, le vernis rupestre, pour faire apparaître la teinte claire en dessous. Ce vernis est riche en oxydes de fer et de manganèse. S'il se dégrade, le contraste s'efface et le motif avec lui.

L'équipe a mesuré la porosité de la surface rocheuse en de nombreux points. Le résultat est statistiquement net : la porosité augmente à mesure que l'on se rapproche des sites industriels. Or une surface plus poreuse est une surface dont la pellicule protectrice a commencé à se dissoudre.

Le soufre plutôt que la pluie acide

Le scénario le plus compatible avec ces mesures est celui d'émissions historiques de dioxyde de soufre, largement issues de la combustion de carburants, et de la formation d'acide qui s'ensuit. Cet acide dissout les oxydes de fer et de manganèse du vernis. Le responsable principal désigné par l'étude est donc un gaz, et non les pluies acides prises globalement, hypothèse que le programme de suivi écarte.

Plus on approche des usines, plus la surface de la roche est poreuse. C'est la trace chimique laissée par des décennies d'émissions de soufre.

La nuance a son importance pour la suite : les émissions de soufre ont beaucoup baissé depuis leur maximum, ce qui laisse espérer que le processus ralentit. Mais l'étude conclut aussi que la zone touchée est plus large que ce qui était admis jusqu'ici.

Ce que l'étude change pour la protection du site

Murujuga est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco et le débat sur la cohabitation entre l'industrie et les gravures est vif en Australie. Des critères de qualité de l'air ont été proposés à titre provisoire pour encadrer les installations existantes et les projets à venir.

Pour l'archéologie, la leçon dépasse le cas australien. Elle rappelle qu'un art rupestre en plein air ne se conserve pas tout seul, que la chimie de l'atmosphère fait partie de son environnement de conservation, et qu'un suivi de longue durée, avec des mesures répétées aux mêmes points, est le seul moyen de distinguer une altération naturelle d'une dégradation d'origine humaine.