Et si la taille de la pierre était plus vieille que le genre Homo lui-même ? En 2015, la publication du site de Lomekwi 3, au Kenya, fait l'effet d'un coup de tonnerre : des outils de pierre datés de 3,3 millions d'années — soit 700 000 ans avant le plus ancien Oldowayen. Le Lomekwien devient ainsi la plus ancienne industrie lithique connue.

Une découverte qui recule les origines

Le site de Lomekwi 3 se trouve à l'ouest du lac Turkana, dans une région célèbre pour ses fossiles d'hominines. L'équipe de Sonia Harmand et Jason Lewis y met au jour, en 2011, près de 150 artefacts : nucléus, éclats et enclumes. La datation, assurée par les couches volcaniques et le paléomagnétisme, donne un âge stupéfiant de 3,3 millions d'années. À cette époque, aucun représentant du genre Homo n'est encore attesté.

Des outils lourds et rudimentaires

Le Lomekwien ne ressemble pas tout à fait à l'Oldowayen. Les blocs sont massifs — certains pèsent plusieurs kilos — et le geste technique paraît encore mal contrôlé. Les tailleurs semblent avoir surtout pratiqué deux méthodes simples : poser un bloc sur une enclume et le frapper, ou frapper directement un galet tenu en main. Le résultat : de gros éclats à bord tranchant, obtenus sans réelle préparation.

Cette « maladresse » apparente est précieuse pour les chercheurs : elle documente un stade intermédiaire entre la simple utilisation de pierres brutes (que pratiquent certains primates actuels) et la taille intentionnelle et maîtrisée de l'Oldowayen.

Mais qui étaient les tailleurs ?

Aucun fossile humain n'a été trouvé directement associé aux outils. À 3,3 millions d'années, deux candidats coexistent dans la région : les australopithèques et le mystérieux Kenyanthropus platyops, précisément découvert à Lomekwi. La taille de la pierre serait donc née chez des hominines au cerveau encore petit, bien avant l'émergence de notre genre — un argument fort contre l'idée que « fabriquer des outils » définirait à lui seul l'humain.

Une industrie encore débattue

Toute découverte qui bouscule les certitudes suscite le débat, et le Lomekwien ne fait pas exception. Certains spécialistes s'interrogent : les objets sont-ils vraiment d'origine humaine, ou pourraient-ils résulter de fractures naturelles ? La rareté des sites de cet âge complique la comparaison. La communauté scientifique reste prudente, mais les analyses des surfaces de fracture plaident majoritairement pour une intention : ces éclats ont bien été détachés par des mains.

Aux racines du geste technique

Qu'il soit confirmé ou nuancé par de futures découvertes, le Lomekwien pose une question vertigineuse : la capacité à tailler la pierre est peut-être un héritage bien plus ancien et bien plus partagé qu'on ne le pensait. Avant même le premier Homo, quelque part au bord d'un lac africain, des mains apprenaient déjà à faire jaillir un tranchant d'un caillou.