C'est l'une des périodes les plus fascinantes — et les plus discutées — de toute la préhistoire. Le Châtelperronien, ce sont les derniers Néandertaliens qui, au moment même où Homo sapiens arrive en Europe, adoptent un outillage tout neuf : lames allongées, parures, outils en os. Imitation ? Invention ? Le débat n'est toujours pas tranché.
Une industrie de transition
Le Châtelperronien tire son nom de la grotte des Fées, à Châtelperron (Allier). Daté d'environ 45 000 à 40 000 ans, il se situe pile à la charnière entre le Paléolithique moyen (moustérien, néandertalien) et le Paléolithique supérieur (celui des Sapiens). Il mêle des traits des deux mondes : dans certaines couches, on trouve encore des racloirs moustériens ; dans d'autres, un outillage résolument nouveau.
La pointe de Châtelperron
L'outil-repère est un élégant couteau à dos courbe : une lame dont un bord est abattu par une retouche abrupte — comme le dos émoussé d'un couteau moderne — pour pouvoir être tenue ou emmanchée sans se blesser, tandis que le tranchant opposé reste vif. Sa production suppose un débitage laminaire, typique du Paléolithique supérieur, bien différent de la taille sur éclat des Moustériens.
Des parures et des os travaillés
Le site le plus riche est la Grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure (Yonne). On y a découvert, dans les niveaux châtelperroniens, non seulement des outils de pierre, mais aussi des outils en os et surtout des objets de parure : dents d'animaux percées, anneaux en ivoire, pendeloques. Or ces couches sont associées à des restes… néandertaliens. Des Néandertaliens qui se paraient : voilà qui bouscule bien des idées reçues.
Imitation ou génie propre ?
D'où vient cette soudaine modernité ? Deux hypothèses s'affrontent. Pour les uns, c'est une acculturation : au contact des Sapiens voisins, porteurs de l'Aurignacien, les Néandertaliens auraient imité leurs techniques et leurs parures. Pour les autres, il s'agit d'une invention autonome, preuve que Néandertal était pleinement capable de créativité symbolique, sans modèle extérieur.
Un débat stratigraphique
La controverse a une dimension technique. Certains chercheurs ont soupçonné que les parures d'Arcy résultaient d'un mélange entre couches, dû aux terriers d'animaux fouisseurs ou à des fouilles anciennes imprécises : les objets « modernes » proviendraient en réalité de niveaux sapiens. D'autres, datations à l'appui, défendent leur association authentique aux Néandertaliens. Le dossier reste ouvert — et chaque nouvelle fouille peut le faire pencher.
Le crépuscule de Néandertal
Quelle qu'en soit l'origine, le Châtelperronien est le chant du cygne d'une humanité. Vers 40 000 ans, Néandertal disparaît, tandis que Sapiens et son Aurignacien s'installent durablement. Le Châtelperronien reste comme le témoin poignant d'un moment de bascule, où deux humanités se sont côtoyées — et peut-être influencées — avant que l'une ne s'efface.