La généralisation de la crémation avait privé les archéologues de leur matière première. En allant chercher les rares inhumations d’Allemagne, de Tchéquie et de Pologne, une équipe internationale reconstitue enfin le quotidien de la culture des champs d’urnes.

Entre 1300 et 800 avant notre ère, l’Europe centrale bascule. C’est la période dite des champs d’urnes, marquée par des mutations sociales profondes et par une pratique qui complique la tâche des chercheurs : la crémation quasi généralisée, qui détruit l’essentiel du matériel biologique dont vit l’archéologie moderne.

Contourner l’obstacle

L’équipe, dont les travaux paraissent dans Nature Communications, a donc concentré son attention sur les rares sépultures non incinérées découvertes en Allemagne, en Tchéquie et en Pologne, complétées par l’analyse de restes incinérés provenant notamment de Kuckenburg et d’Esperstedt, en Allemagne centrale.

Trois approches croisées : ADN ancien, isotopes stables de l’oxygène et du strontium, étude des squelettes. « Cette étude nous permet de voir comment des gens ont traversé un changement d’époque », résume Eleftheria Orfanou, doctorante à l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig et première auteure.

L’âge du bronze final n’a pas été vécu comme un basculement unique, mais comme une série de choix, alimentation, funérailles, relations sociales.

Peu de migrations, beaucoup de contacts

Les isotopes du strontium et de l’oxygène fonctionnent comme des empreintes chimiques du territoire où l’on a grandi. Verdict : la plupart des individus étudiés en Allemagne centrale, incinérés ou non, étaient locaux. Les idées et les pratiques ont donc circulé par le contact, le commerce et les relations sociales bien plus que par des déplacements massifs de population.

L’ADN confirme des glissements lents et régionalement variables, sans remplacement brutal, avec des liens croissants vers les régions situées au sud et au sud-est du Danube. Détail savoureux, l’alimentation change aussi : le millet commun apparaît au menu, une plante alors récemment arrivée en Europe depuis le nord-est de la Chine.