Sur plus de 15 000 génomes anciens, l’équipe de David Reich met en évidence plus de 400 variants génétiques favorisés par la sélection naturelle en Eurasie occidentale depuis 10 000 ans. Une confirmation spectaculaire d’une hypothèse formulée il y a vingt ans.
L’idée que l’évolution humaine se serait arrêtée avec l’invention de la culture a la vie dure. Les données génétiques disent l’inverse : elle s’est accélérée, et le phénomène est récent à l’échelle de notre histoire.
Une hypothèse formulée il y a vingt ans
Il y a près de vingt ans, John Hawks et ses collègues repéraient dans le génome des régions où de nouveaux variants étaient apparus au cours des 40 000 dernières années avant de gagner très rapidement en fréquence ; signature classique d’une sélection naturelle positive. Ils en dénombraient des centaines, ce qui impliquait un rythme d’un ordre de grandeur supérieur à celui de notre histoire évolutive longue.
Deux explications se combinaient. D’abord, des environnements inédits : l’agriculture et la domestication apportent de nouveaux aliments, de nouvelles maladies, de nouvelles formes d’organisation sociale ; et bien avant cela, la dispersion vers de nouvelles latitudes impose des régimes inédits d’ensoleillement, d’altitude et d’aridité. Pigmentation, métabolisme, digestion du lait, fonction rénale, immunité : autant de traits concernés.
Cent fois plus de billets de loterie
Ensuite, la démographie. Les populations humaines ont été multipliées par plus de cent. Or les mutations utiles sont extrêmement rares : cent fois plus d’individus, c’est cent fois plus de tickets achetés à la loterie génétique.
Cent fois plus de gens, c’est comme acheter cent fois plus de billets de loterie.
Le nouvel épisode vient de Nature, avec les travaux d’Ali Akbari et de ses coauteurs du groupe de David Reich, appuyés sur le plus grand échantillon jamais réuni : plus de 15 000 génomes d’individus anciens. Ils trouvent un appui statistique pour plus de 400 variants soumis à sélection positive en Eurasie occidentale au cours des 10 000 dernières années, et y lisent, eux aussi, une accélération.