À Ledi-Geraru, des dents fossiles montrent qu’entre 2,8 et 2,6 millions d’années, les plus anciens représentants connus du genre Homo cohabitaient avec une espèce d’australopithèque qui n’a été trouvée nulle part ailleurs.
L’évolution humaine se raconte encore trop souvent comme une marche : d’un ancêtre simiesque vers l’homme moderne, une espèce chassant l’autre. Les fossiles de Ledi-Geraru, dans la région de l’Afar en Éthiopie, imposent une image beaucoup plus buissonnante.
Deux lignées, un même paysage
L’équipe internationale du Ledi Geraru Research Project, animée par des chercheurs de l’Arizona State University, montre dans Nature que des australopithèques et les plus anciens membres connus du genre Homo vivaient dans la même région entre environ 2,8 et 2,6 millions d’années.
Le site avait déjà marqué l’histoire de la discipline : il a livré le plus ancien représentant connu du genre Homo et les plus anciens outils oldowayens du monde. Il y ajoute aujourd’hui des dents d’australopithèque qui ne correspondent à aucune espèce répertoriée.
Ce n’est pas l’espèce de Lucy
Les analyses écartent en particulier Australopithecus afarensis, l’espèce de Lucy. Le constat renforce l’idée qu’aucune preuve ne permet de faire survivre l’espèce de Lucy au-delà de 2,95 millions d’années, et qu’un autre australopithèque, encore anonyme, occupait la région après elle.
Cette nouvelle recherche montre que l’image d’une évolution humaine linéaire est à revoir : plusieurs parents proches partageaient le même paysage africain.
Cohabitation ne veut pas dire rencontre quotidienne : à l’échelle de dizaines de milliers d’années et de vastes territoires, deux lignées peuvent se partager une région sans se croiser souvent. Mais l’image d’une succession ordonnée d’espèces, elle, ne tient plus. Le buisson humain avait déjà plusieurs branches vivantes en même temps.