Certaines pièces sont si fines, si parfaites, qu'elles semblent trop belles pour couper quoi que ce soit. Le Solutréen porte la taille du silex à un sommet inégalé : par une technique nouvelle, la retouche par pression, ses artisans amincissent la pierre en « feuilles de laurier » d'une élégance presque irréelle.
Un éclat bref et éblouissant
Le Solutréen est une industrie courte (environ 24 000 – 19 000 ans) et géographiquement resserrée : la France et l'Espagne, essentiellement. Il tire son nom de la roche de Solutré (Saône-et-Loire), au pied de laquelle s'entassent les ossements de milliers de chevaux chassés. Il se déploie en plein maximum glaciaire, quand le sud-ouest de l'Europe sert de refuge aux populations humaines repoussées par les glaces.
La retouche par pression
Sa signature technique est une prouesse. Au lieu de frapper le silex, on presse son bord avec un outil pointu — en bois de cervidé, par exemple — pour détacher de minuscules éclats plats avec une précision extrême. On sait aussi que les Solutréens chauffaient parfois le silex pour améliorer son aptitude à la taille. Résultat : des pièces bifaciales extraordinairement minces et régulières.
Les feuilles de laurier
L'outil-repère est la feuille de laurier : une pointe biface effilée aux deux extrémités, à la silhouette végétale parfaite. Certaines, comme les grandes lames de Volgu, atteignent plus de 30 cm pour quelques millimètres d'épaisseur — trop fragiles pour un usage réel. Ce sont sans doute des objets de prestige, des démonstrations de virtuosité, peut-être des offrandes. À côté, on trouve des « feuilles de saule » plus modestes et des pointes à cran, véritables armatures de sagaie.
Chasseurs de l'âge de glace
Le Solutréen est aussi une culture d'ingéniosité face au froid. C'est peut-être à cette époque qu'apparaît l'aiguille à chas, qui permet de coudre des vêtements ajustés, indispensables sous un climat glaciaire. Le propulseur se répand ; la chasse au cheval et au renne est organisée à grande échelle, comme en témoigne l'immense charnier de Solutré.
Art et pierre
Le talent solutréen ne s'arrête pas au silex. On lui doit de superbes bas-reliefs sculptés, comme les chevaux et bouquetins du Roc de Sers (Charente). Le sens de la forme qui guide la main du tailleur est le même que celui du sculpteur : celui d'une humanité pour qui l'utile et le beau ne se séparent plus.
Une flamme qui s'éteint
Aussi soudainement qu'il était apparu, le Solutréen s'efface vers 19 000 ans, cédant la place au Magdalénien. Il restera comme un moment d'exception : celui où la pierre taillée, portée par une technique nouvelle, atteignit une perfection que rien, avant lui, n'avait annoncée.