C'est l'apogée du Paléolithique. Le Magdalénien, ce sont les grands chasseurs de rennes de la fin des temps glaciaires — les mêmes qui ont peint Lascaux, Niaux et Altamira. À l'outillage de silex s'ajoute une industrie de l'os et du bois de renne d'une virtuosité inouïe : harpons, propulseurs sculptés, aiguilles à chas.
C'est quoi le Magdalénien ?
Le Magdalénien (environ 19 000 – 14 000 ans) tire son nom de l'abri de La Madeleine, en Dordogne, au cœur de la vallée de la Vézère. Il couvre la fin de la dernière glaciation et se diffuse largement en Europe de l'Ouest à mesure que les glaciers reculent et que le climat se radoucit. C'est une culture de chasseurs mobiles, suivant les grands troupeaux de rennes et de chevaux.
L'apogée de l'industrie osseuse
Si les Magdaléniens taillent toujours le silex — de fines lames, des burins, des grattoirs, des lamelles à dos —, leur génie éclate surtout dans le travail des matières dures animales. Le harpon en bois de renne, à une ou deux rangées de barbelures, permet la pêche et la chasse. Les sagaies à base fendue ou biseautée arment les chasseurs. Et l'aiguille à chas, minuscule et parfaite, atteste une couture élaborée.
Le propulseur, arme et œuvre d'art
Le propulseur — un bâton à crochet qui prolonge le bras et démultiplie la force du lancer — devient un support d'art à part entière. Le célèbre « faon aux oiseaux » du Mas-d'Azil, sculpté dans le bois de renne, en est le chef-d'œuvre. Bâtons percés gravés, contours découpés, plaquettes ornées : l'objet utilitaire se fait sans cesse objet d'art.
Le temps des grandes grottes ornées
Le Magdalénien est indissociable de l'art pariétal le plus abouti. Niaux, Font-de-Gaume, Altamira, Rouffignac : les parois se couvrent de bisons, de chevaux et de mammouths d'un réalisme saisissant. Lascaux, un peu plus ancienne, annonce cet âge d'or. Jamais l'art des cavernes n'atteindra une telle maîtrise du volume, du mouvement et de la perspective.
Une société organisée
Derrière ces objets se devine une société complexe : réseaux d'échange de coquillages et de silex sur des centaines de kilomètres, rassemblements saisonniers, transmission de styles régionaux. Le Magdalénien n'est pas qu'une industrie : c'est une civilisation de chasseurs-cueilleurs parvenue à un remarquable équilibre avec son environnement glaciaire.
La fin d'un monde
Vers 14 000 ans, le réchauffement post-glaciaire transforme la steppe en forêt. Les rennes remontent vers le nord, le grand gibier se raréfie, et avec lui s'estompe le mode de vie magdalénien. Lui succèdent les cultures plus discrètes du Mésolithique, aux outils miniaturisés. L'apogée s'achève, mais il laisse derrière lui les plus belles pages de l'art préhistorique.