Au sud de Ségovie (Espagne), un galet de granite marqué d’un point d’ocre rouge a livré la plus ancienne empreinte digitale humaine connue. Les chercheurs y voient un possible geste symbolique néandertalien, il y a environ 43 000 ans.

Sur le site de l’abri San Lázaro, dans la vallée de l’Eresma près de Ségovie, une équipe menée par David Álvarez-Alonso (université Complutense de Madrid) a étudié un galet de granite d’une vingtaine de centimètres, associé à une couche moustérienne datée par radiocarbone autour de 43 000 ans. Le galet porte un unique point de pigment rouge (ocre) déposé de façon intentionnelle.

Un visage dans la pierre

Le point d’ocre est placé au centre de trois dépressions naturelles qui, ensemble, évoquent un visage : deux « yeux », une « bouche », et la tache de pigment à l’emplacement d’un « nez ». Pour les auteurs, ce geste relèverait de la paréidolie, la tendance à reconnaître un visage dans un objet, puis de sa mise en valeur délibérée.

Un point d’ocre déposé du bout du doigt, là où la pierre dessinait déjà un visage : peut-être le plus ancien geste d’art d’un Néandertal.

Une empreinte révélée par la police scientifique

Invisible à l’œil nu, une empreinte digitale a été révélée dans la tache par imagerie multispectrale, avec l’appui de la police scientifique espagnole. L’analyse y a reconnu des crêtes épidermiques, des bifurcations et des points caractéristiques d’une empreinte humaine, ce qui en ferait la plus ancienne connue.

Aucun outil ni pigment résiduel n’ayant été retrouvé sur place, l’ocre semble avoir été apporté puis appliqué au doigt. Les auteurs interprètent l’objet comme une possible symbolisation d’un visage, l’un des plus anciens de la préhistoire, et peut-être le plus ancien objet d’art portable peint attribué à Néandertal en Europe.

Un geste encore débattu

Les conclusions restent débattues : une marque unique et l’interprétation d’un visage sont difficiles à démontrer, et certains spécialistes appellent à la prudence. L’étude, publiée le 24 mai 2025 dans Archaeological and Anthropological Sciences, alimente néanmoins le dossier des capacités symboliques des Néandertaliens.