Sur les rives d’un lac du nord d’Israël, il y a près de 800 000 ans, des groupes humains revenaient s’installer au même endroit, génération après génération. Une étude des charbons du site de Gesher Benot Ya’aqov avance une raison très concrète : le bois flotté qui s’accumulait sur la grève leur garantissait du combustible sans avoir à le chercher.
Le site acheuléen de Gesher Benot Ya’aqov est l’un des rares endroits au monde où l’on peut étudier le feu domestique à une telle ancienneté. Ses occupants y chassaient de grands animaux, y cuisaient du poisson et organisaient une partie de leur vie quotidienne autour de foyers. Encore fallait-il alimenter ces feux.
Ce que racontent des charbons minuscules
Une équipe internationale réunissant des chercheurs d’Israël, d’Espagne et d’Allemagne ; Naama Goren-Inbar (Université hébraïque de Jérusalem), Nira Alperson-Afil et Yoel Melamed (Université Bar-Ilan), Ethel Allué (Universitat Rovira i Virgili et Institut català de paléoécologie humaine) et Brigitte Urban (Université Leuphana) ; a examiné une collection de charbons d’une richesse exceptionnelle. Le charbon survit rarement sur des sites aussi anciens : ici, la nappe phréatique du lac a joué le rôle de conservateur.
L’analyse des essences révèle un choix qui n’en est pas vraiment un : plutôt que de sélectionner des bois aux qualités particulières, les occupants ont utilisé ce que le lac déposait à leurs pieds. Les charbons correspondent aux espèces qui composaient le bois flotté échoué sur la rive.
Un approvisionnement régulier en combustible a vraisemblablement aidé ces groupes à entretenir leurs feux pour cuisiner et pour le reste de leurs activités quotidiennes.
Choisir un campement pour son combustible
C’est là que l’étude, publiée dans Quaternary Science Reviews, dépasse la question du menu : elle suggère que la disponibilité du combustible a pu peser sur le choix du lieu d’installation, au même titre que l’eau et le gibier. Revenir au même point du rivage, c’était retrouver un stock de bois renouvelé par le lac.
Les auteurs y voient le signe d’une connaissance fine de l’environnement et d’une forme d’anticipation plus poussée qu’on ne le supposait pour des hominines de cette période. Une nuance s’impose toutefois : identifier l’origine flottée d’un charbon reste une inférence, appuyée sur la composition des essences et sur la géologie du rivage, non une observation directe.