Nichée au cœur de la vallée de la Vézère, à Montignac en Dordogne, Lascaux est sans doute la plus célèbre des grottes ornées du monde. Découverte en 1940, elle a livré un ensemble d'une richesse inouïe : près de 600 peintures et environ 1 500 gravures, réalisées il y a quelque 21 000 ans, au Magdalénien. On la surnomme à juste titre la « chapelle Sixtine de la préhistoire ».
Un sanctuaire, pas un habitat
Lascaux n'a jamais été habitée. On n'y trouve aucune trace de vie quotidienne durable : c'était un lieu à part, que l'on fréquentait pour y peindre et y graver, à la lueur de lampes à graisse. Les artistes ont couvert les parois d'un bestiaire flamboyant, dominé par les chevaux, les aurochs, les cerfs et les bouquetins, presque sans paysage ni végétation, comme suspendus dans l'espace de la roche.
Une promenade dans les salles
La visite s'ouvre sur la salle des Taureaux, la plus spectaculaire. De grands aurochs noirs, dont l'un dépasse cinq mètres, s'y déploient en une frise saisissante, accompagnés de chevaux et de cerfs. C'est là aussi que se trouve la mystérieuse « licorne », une figure animale composite que personne n'a su identifier.
Le diverticule axial prolonge la salle par une galerie étroite couverte de chevaux, dont les célèbres « chevaux chinois », et d'une vache qui semble basculer tête la première. Plus loin, la Nef aligne une frise de cerfs qui paraissent nager et une grande vache noire. Enfin, au fond d'un puits difficile d'accès, se cache la scène la plus énigmatique de toute la préhistoire.
La scène du Puits, l'énigme de Lascaux
Dans ce recoin, un homme à tête d'oiseau bascule en arrière devant un bison blessé, les entrailles pendantes ; un rhinocéros s'éloigne, un oiseau est perché sur un bâton. C'est l'une des très rares représentations humaines de l'art paléolithique, et la seule véritable scène narrative de Lascaux. Récit de chasse, mythe, voyage chamanique ? Depuis sa découverte, elle nourrit toutes les hypothèses sans en confirmer aucune.
Le savoir-faire des peintres
Les artistes de Lascaux maîtrisaient une véritable palette : ocres jaunes et rouges, oxydes de manganèse pour le noir, appliqués au tampon, au pinceau, ou soufflés pour obtenir des aplats et des dégradés. Pour atteindre les parois les plus hautes, ils ont dressé des échafaudages, dont on a retrouvé les emplacements. Beaucoup de figures épousent le relief naturel de la roche, qui donne du volume aux corps.
Que signifient ces images ?
Personne ne le sait avec certitude. Magie de la chasse, mythologie, calendrier saisonnier, rites d'initiation, cosmologie : les interprétations se sont succédé sans qu'aucune ne s'impose. Ce qui est sûr, c'est que Lascaux témoigne d'une pensée symbolique aboutie, capable d'organiser des centaines de figures selon une logique qui nous échappe encore.
Le drame de la conservation
Ouverte au public après la guerre, Lascaux connaît un succès immense, jusqu'à plus d'un millier de visiteurs par jour. Mais le gaz carbonique, l'humidité et la chaleur dégagés par les visiteurs déclenchent des désordres : d'abord une « maladie verte » due à des algues, puis une « maladie blanche » faite de voiles de calcite. Pour sauver les peintures, la grotte est fermée au public en 1963. Elle reste depuis sous étroite surveillance scientifique.
Lascaux aujourd'hui
On ne visite plus la grotte originale, mais ses fac-similés, d'une fidélité stupéfiante : Lascaux II, ouvert en 1983 à quelques centaines de mètres, puis Lascaux IV, le Centre international de l'art pariétal inauguré en 2016, qui restitue l'intégralité des salles. Classée au titre des Monuments historiques et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1979, Lascaux demeure le symbole universel du génie artistique de nos ancêtres.