Une vaste étude menée par Yale comble un angle mort de la génomique : celui des populations du Pacifique. Elle montre que les séquences héritées des Dénisoviens continuent d’influencer l’immunité et l’adaptation des humains d’aujourd’hui.
La génomique a un problème d’échantillon. L’essentiel des grandes études porte sur des populations d’ascendance européenne, laissant dans l’ombre des régions pourtant essentielles à l’histoire humaine. L’Océanie en fait partie, alors qu’elle abrite une diversité biologique et culturelle considérable.
Combler un angle mort
« La sous-représentation dramatique des Océaniens limite notre compréhension de l’évolution humaine et pourrait aggraver les inégalités de santé, à mesure que la recherche génomique sert à développer de nouveaux traitements », explique Serena Tucci, professeure d’anthropologie à Yale et responsable du Yale Human Evolutionary Genomics Laboratory, qui a dirigé l’étude publiée dans Science.
La sous-représentation dramatique des Océaniens limite notre compréhension de l’évolution humaine.
Son équipe a entrepris d’élargir le catalogue de la variation génétique humaine, en incluant spécifiquement les variants hérités d’hominines éteints. Les populations d’Océanie sont en effet celles qui portent la plus forte proportion d’ascendance dénisovienne au monde ; jusqu’à plusieurs pour cent du génome dans certaines îles.
Un héritage qui travaille encore
Le résultat central : cet ADN archaïque n’est pas un vestige inerte. Plusieurs séquences héritées des Dénisoviens influencent aujourd’hui la biologie, la santé et la capacité d’adaptation des populations concernées, en particulier du côté de l’immunité.
Le mécanisme est bien compris : en se métissant avec des groupes installés localement depuis des centaines de milliers d’années, les premiers Sapiens arrivés en Asie du Sud-Est et en Océanie ont récupéré d’un coup des variants déjà éprouvés par la sélection dans ces environnements. Une forme de raccourci évolutif, dont les effets se mesurent encore dans les cellules des vivants.