Quatre études récentes convergent : l’ascendance dénisovienne des populations actuelles ne vient pas d’un groupe unique, mais d’au moins trois lignées séparées, et la grotte de Denisova, qui leur a donné leur nom, n’est pas la principale d’entre elles.

Les Dénisoviens ont été révélés par un fragment de phalange et quelques dents, dans une grotte de l’Altaï sibérien. Quinze ans plus tard, on sait que leur héritage génétique se retrouve chez de nombreuses populations d’Asie et d’Océanie. Mais cet héritage n’a rien d’homogène.

Trois sources, pas une

Quatre travaux récents, deux publiés dans Science, deux encore en prépublication sur bioRxiv, convergent vers une même conclusion : au moins trois groupes dénisoviens distincts ont contribué aux génomes actuels. Chacun a laissé une signature différente, dans des régions et des proportions différentes.

Autrement dit, les Dénisoviens de la grotte de Denisova n’étaient ni la population la plus nombreuse, ni celle qui a le plus contribué à notre patrimoine génétique. « L’essentiel du métissage dénisovien s’est joué bien plus au sud », note le paléoanthropologue John Hawks, en Inde et en Asie du Sud-Est.

L’essentiel du métissage dénisovien s’est joué bien plus au sud, en Inde et en Asie du Sud-Est.

Des gènes qui servent encore

L’autre volet de ces travaux concerne la fonction des séquences héritées. Certaines touchent l’immunité, d’autres le métabolisme ou l’adaptation à l’altitude ; le cas le mieux documenté restant le variant EPAS1 des populations tibétaines. Le passé se lit donc aussi dans la physiologie des vivants.

Des questions restent ouvertes, et Hawks ne s’en cache pas : distinguer trois sources suppose des modèles démographiques dont les hypothèses de départ pèsent lourd sur le résultat. La prudence s’impose, mais la direction est claire : le buissonnement humain du Pléistocène était plus touffu qu’on ne l’imaginait il y a seulement dix ans.