Sur les rives du Don, en Russie, des archéologues ont dégagé un anneau de douze mètres et demi de diamètre, bâti avec les ossements d’au moins soixante mammouths. Il a 25 000 ans. On ignore toujours à quoi il servait.

Une journée avec un chasseur de mammouths de Mezhyrich
Une journée avec un chasseur de mammouths de Mezhyrich Momotarou2012 · CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Un cercle d’os

La structure, mise au jour à partir de 2014 sur le site de Kostienki 11 et publiée en 2020 dans la revue Antiquity, n’est pas la première du genre : la plaine russe et l’Ukraine en ont livré plusieurs, généralement interprétées comme des huttes couvertes de peaux. Celle-ci est différente. Elle est bien plus vaste, douze mètres et demi, et bien plus riche : crânes disposés en couronne, mandibules, os longs, provenant d’un troupeau entier.

Ce que la fouille a montré

À l’intérieur, les fouilleurs ont trouvé des charbons de bois (donc du feu, alimenté avec du bois et non seulement avec de l’os) et, surtout, des restes végétaux carbonisés : des racines, des tubercules. La preuve, rare, que ces chasseurs de la steppe glaciaire ne vivaient pas uniquement de viande.

À proximité, trois grandes fosses, dont la fonction est également discutée : réserves de nourriture, ou dépôts d’ossements.

Soixante mammouths pour un seul cercle : ce n’est pas un abri de fortune, c’est un chantier.

Mammouth laineux
Mammouth laineux Kira Sokolovskaia, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Trois hypothèses, aucune décisive

La première est l’habitat : une construction d’hiver, couverte, où l’on se serait abrité pendant le maximum glaciaire. Elle bute sur un problème; la surface intérieure ne porte pas les traces d’occupation dense qu’on attendrait d’une maison, et couvrir douze mètres de portée n’a rien d’évident.

La deuxième est le stockage : une réserve de viande et d’os à brûler, constituée avant l’hiver. Elle explique le volume, moins la mise en scène des crânes.

La troisième est rituelle : un lieu de rassemblement, un espace collectif où le cercle compte autant que ce qu’il contient. Elle a le défaut de sa qualité; elle explique tout, donc elle ne se teste pas facilement.

Paléolithique supérieur
Paléolithique supérieur JoJan, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

D’où viennent les mammouths ?

Question annexe, et tout aussi ouverte : ces soixante animaux ont-ils été chassés, ou leurs carcasses ramassées dans un cimetière naturel, là où les bêtes venaient mourir ? Les deux réponses n’engagent pas la même société.

Pourquoi la question reste ouverte

Parce qu’une construction ne dit pas son usage : elle dit un investissement. Ici, celui-ci est colossal; transporter, trier et disposer les restes de soixante géants. Le reste, l’intention, se lit dans les objets et les sols, et ceux-ci parlent d’un feu, de racines cuites, de gestes ordinaires dans un lieu qui ne l’est pas.