Depuis un siècle, Miracinonyx trumani passait pour le guépard de l’Amérique glaciaire. Le crâne raccourci, les narines élargies, les membres allongés : tout évoquait le coureur africain, et l’animal a hérité du surnom de « guépard américain ». Une étude parue le 4 septembre 2026 dans Current Biology démonte cette lecture. En séquençant deux génomes nucléaires anciens, l’équipe menue par Alisa Cassatt-Johnstone montre que le félin n’est pas un guépard du tout, et qu’il vivait bien au-delà des paysages ouverts où on l’imaginait.
Un cousin du puma, pas du guépard
Les deux spécimens séquencés proviennent du Wyoming, daté d’environ 23 000 ans, et du Yukon, d’environ 31 000 ans. L’analyse phylogénomique est sans ambiguïté : Miracinonyx trumani est le groupe frère du puma (Puma concolor), dont il s’est séparé il y a environ 2,6 millions d’années, au moment où les oscillations climatiques du Pliocène et du Pléistocène s’accéléraient.
La ressemblance avec le guépard africain relève donc de la convergence : deux lignées éloignées ont développé des formes voisines parce qu’elles couraient. C’est un rappel utile, et embarrassant pour les reconstitutions : la silhouette d’un fossile ne dit pas sa parenté.
Vingt degrés de latitude en plus
Le spécimen du Yukon déplace la carte de l’espèce. On la croyait cantonnée aux grandes plaines et aux plateaux de l’Ouest américain ; elle atteignait en réalité l’Arctique, soit plus de vingt degrés de latitude au-delà de son aire connue. Un félin de course dans les paysages subarctiques du dernier maximum glaciaire n’était pas prévu au tableau.
Un prédateur qui mangeait du poisson
C’est l’isotopie qui réserve la vraie surprise. Les rapports mesurés placent la population du Yukon à un niveau trophique élevé, compatible avec la consommation de poissons migrateurs remontant les rivières, autrement dit des saumons. Celle du Wyoming se comporte au contraire en prédateur terrestre généraliste. Une même espèce, deux régimes, deux façons d’occuper le monde.
Les auteurs relèvent en outre des mutations qui désactivent des gènes de l’horloge circadienne, ce qui pourrait traduire un relâchement de la contrainte sur le rythme jour-nuit. Aux hautes latitudes, où l’été ne connaît pas la nuit et l’hiver pas le jour, l’hypothèse a du sens.
Ce que cela change pour la mégafaune disparue
L’image du guépard américain courant après les antilopes dans une prairie sèche était commode, elle servait même à expliquer la vitesse de l’antilope d’Amérique actuelle. Elle était trop simple. Un prédateur qu’on croyait spécialisé se révèle capable de vivre du poisson à la limite des glaces, et sa disparition, il y a environ 12 000 ans, redevient une question ouverte plutôt qu’un cas classé.