Dans le Bassin parisien, les tombes monumentales de la culture de Cerny livrent des objets de chasse là où l’on attendait des outils de paysans. Vingt-huit génomes anciens viennent de montrer que ces symboles ne disent rien de l’ascendance : ces gens n’étaient pas des descendants de chasseurs-cueilleurs.
La culture de Cerny occupe le Bassin parisien entre 4700 et 4300 avant notre ère, au Néolithique moyen. Elle est connue pour ses nécropoles monumentales : de longues structures de terre qui ne rassemblent qu’une poignée de défunts, signe qu’une élite se distingue. Elle l’est aussi pour un détail qui intrigue depuis longtemps : son mobilier funéraire emprunte au registre de la chasse, alors que ces populations vivent de l’agriculture et de l’élevage.
L’explication la plus tentante était généalogique. Ces éleveurs auraient conservé un lien particulier avec les descendants des chasseurs-cueilleurs mésolithiques de la région, et leurs tombes en porteraient la marque. Une équipe française vient de la mettre à l’épreuve de la génétique.
Vingt-huit génomes du Bassin parisien
Les chercheurs ont produit des données à l’échelle du génome pour vingt-huit individus : cinq du Néolithique ancien et vingt-trois issus de plusieurs nécropoles attribuées à Cerny. C’est le premier ensemble de cette taille pour cette culture.
Résultat : l’ascendance héritée des chasseurs-cueilleurs mésolithiques n’y est pas plus élevée que chez les autres populations néolithiques européennes de la même époque. Les traits culturels distinctifs des sépultures de Cerny ne correspondent donc à aucun métissage particulier.
Ce que ces gens mettaient dans leurs tombes ne dit pas d’où ils venaient. C’est un choix de société, pas une carte d’identité génétique.
Le fond du tableau
L’arrivée du mode de vie néolithique en Europe est portée par la migration d’agriculteurs venus d’Anatolie, qui se mêlent progressivement aux chasseurs-cueilleurs installés depuis des millénaires. La proportion de cette ascendance mésolithique varie d’une région à l’autre et remonte lentement au fil des siècles : c’est ce fond commun que l’étude a pris pour référence, et c’est par rapport à lui que Cerny ne se distingue pas.
Le Bassin parisien offrait un terrain d’observation idéal, avec ses nécropoles fouillées de longue date et une séquence bien calée entre Néolithique ancien et Néolithique moyen. Le résultat vaut donc pour une région précise, et demandera à être confronté à d’autres foyers du Néolithique européen.
Une population stable, des nécropoles qui ne sont pas des caveaux de famille
L’étude décrit par ailleurs une continuité génétique nette dans le Bassin parisien entre le Néolithique ancien et le Néolithique moyen, avec très peu d’apports extérieurs et une forte homogénéité à l’échelle régionale. La population ne se renouvelle pas, elle se maintient.
Le point le plus inattendu concerne l’organisation des tombes. Les analyses de parenté et de partage d’haplotypes n’ont mis au jour que deux relations biologiques proches sur l’ensemble du corpus. Ces nécropoles monumentales n’étaient donc pas organisées autour de familles au sens biologique : ce qui réunit les défunts est un autre lien, social ou politique, que la génétique ne lit pas.
Ce que l’on peut en retenir
Le dossier illustre une limite utile de la paléogénomique : elle répond très bien à la question « qui descend de qui », et pas du tout à la question « pourquoi ces gens se représentaient-ils en chasseurs ». Écarter l’explication généalogique laisse le champ libre aux hypothèses proprement culturelles, qui restent à démontrer.