Il y a environ 4 000 ans, le blé, l’orge, le mouton et le bœuf domestiqués au Proche-Orient apparaissent au Gansu, ce couloir du nord-ouest de la Chine qui relie les steppes d’Asie centrale au bassin du fleuve Jaune. On supposait volontiers que ces nouveautés avaient voyagé avec des gens. Une étude parue dans Cell le 3 septembre 2026 dit le contraire.
Cent quarante-neuf génomes, aucun apport occidental
L’équipe a séquencé 149 individus provenant du grand cimetière de Mogou et de dix autres sites du Gansu, entre 4 700 et 3 000 ans avant le présent. Les mouvements de populations sont bien là, mais ils sont internes à l’Asie orientale. Aucune trace détectable d’une contribution génétique venue d’Eurasie occidentale ou centrale, alors même que les plantes et les animaux domestiques de ces régions étaient adoptés.
Autrement dit, les techniques ont circulé sans que les corps suivent. C’est un modèle de diffusion différent de celui documenté en Europe et en Asie centrale, où l’agriculture s’est largement propagée avec des migrations de population.
Un cimetière qui ne suit aucune règle attendue
Mogou est assez vaste pour qu’on y cherche des régularités sociales, et c’est là que l’étude surprend une seconde fois. La communauté est continue dans le temps et en relation avec les régions voisines, mais elle ne montre ni schéma matrilocal ni schéma patrilocal clair, alors que l’un ou l’autre est courant dans les sociétés de cette période. Les résidences ne se décident donc pas, ou pas seulement, selon le sexe.
Enterrés ensemble sans être parents
Autre résultat contre-intuitif : les individus déposés dans une même tombe ne sont, pour l’essentiel, pas apparentés biologiquement. Le partage d’une sépulture répondait donc à autre chose qu’à la parenté de sang, appartenance à une maisonnée, à une classe d’âge, à un groupe de travail. La question reste ouverte, mais la réponse simple est écartée.
L’ascendance étrangère et le rang
Enfin, les auteurs observent que les individus porteurs d’une ascendance non locale se retrouvent préférentiellement dans les sépultures les moins richement dotées. Le lien entre origine et statut, souvent supposé pour les périodes anciennes, se laisse ici mesurer. Il faut rester prudent : une corrélation dans un cimetière ne fait pas une règle sociale, et les auteurs ne la présentent pas comme telle. Mais elle donne une prise rare sur la façon dont ces communautés recevaient ceux qui venaient d’ailleurs.