L’ADN de 132 défunts d’une allée sépulcrale de l’Oise révèle qu’un effondrement démographique a balayé les populations néolithiques du Bassin parisien vers 3000 av. J.-C. La lignée d’origine a disparu, remplacée par de nouveaux venus ; au moment même où cessait la construction des mégalithes.
Publiée le 3 avril 2026 dans Nature Ecology & Evolution, l’étude a séquencé le génome de 132 individus inhumés dans la grande allée couverte de Bury, dans l’Oise, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Paris. Le monument a été utilisé entre environ 3200 et 2450 av. J.-C., de part et d’autre d’un déclin démographique survenu autour de 3000 av. J.-C.
En une poignée de générations, une lignée entière s’efface des mégalithes de l’Oise, remplacée par des étrangers venus du Sud.
Un remplacement de population
Les chercheurs constatent une rupture génétique nette entre les deux phases : les défunts antérieurs et postérieurs au déclin ne sont pas apparentés, signe d’un remplacement de population plutôt que d’une continuité. Le groupe ancien ressemble aux agriculteurs du nord de la France et d’Allemagne ; le groupe récent présente de forts liens avec le sud de la France et la péninsule Ibérique.
La peste, mais pas seulement
L’ADN ancien a détecté plusieurs pathogènes, dont Yersinia pestis, la bactérie de la peste, et Borrelia recurrentis, responsable de la fièvre récurrente. Les squelettes de la première phase montrent une mortalité infantile exceptionnellement élevée. Les auteurs soulignent toutefois que la peste seule ne suffit pas à expliquer l’effondrement.
Une société qui bascule
La crise s’accompagne d’une transformation sociale. Les inhumations anciennes rassemblaient plusieurs générations de familles élargies ; les sépultures récentes deviennent sélectives et sont dominées par une seule lignée masculine ; indice de hiérarchies émergentes. Ce basculement coïncide avec l’arrêt de la tradition mégalithique.
Mené par Frederik Valeur Seersholm et Martin Sikora (université de Copenhague) avec Laure Salanova (CNRS), le travail renforce l’idée d’un « déclin néolithique » à l’échelle continentale. Les auteurs restent prudents : Bury offre une fenêtre locale exceptionnelle, mais le poids respectif des épidémies, du climat et des bouleversements sociaux reste débattu.