Un chercheur propose de faire entrer Australopithecus et Paranthropus dans le genre Homo. L’idée n’est pas de rebaptiser pour le plaisir : les critères qui séparaient ces trois genres se sont effrités les uns après les autres, à mesure que les fossiles sortaient de terre.
Trois genres, une frontière devenue floue
La classification en usage range les hominines de ces cinq derniers millions d’années dans trois genres : Australopithecus, Paranthropus et Homo. La coupure paraissait nette, et elle était commode : d’un côté des bipèdes au petit cerveau, de l’autre nous et nos proches, dotés d’un encéphale volumineux, d’outils et de comportements complexes.
Dans l’American Journal of Biological Anthropology, Ian Towle, chercheur au Monash Biomedicine Discovery Institute, soutient que cette frontière ne tient plus. Chaque critère invoqué pour la tracer a été contredit par une découverte, et les révisions successives ont fini par vider les définitions de leur contenu.
Le cerveau n’est plus une coupure
Le volume cérébral servait d’argument principal. Il ne peut plus : certains membres reconnus du genre Homo ont un cerveau très petit, sans que personne ne songe à les exclure. Dans l’autre sens, les australopithèques et les Paranthropus se révèlent capables de conduites bien plus élaborées qu’on ne le pensait, à mesure que les sites livrent leurs outils et leurs traces d’alimentation.
Restaient les critères écologiques et comportementaux. Ils s’avèrent tout aussi difficiles à tenir : les régimes alimentaires se recoupent, les milieux fréquentés aussi, et les différences invoquées relèvent souvent du degré plutôt que de la nature.
À force de redéfinir les groupes à chaque fossile nouveau, la classification finit par décrire l’état de nos collections plutôt que celui de notre arbre généalogique.
Ce que le regroupement changerait
Réunir les trois genres sous Homo aurait un avantage pratique : la classification cesserait de bouger à chaque découverte. Un fossile inattendu viendrait enrichir un ensemble déjà large au lieu d’obliger à redessiner des limites. L’auteur y voit le moyen d’obtenir une image plus stable, et surtout plus cohérente avec ce que l’on sait des liens de parenté réels.
Le prix à payer est loin d’être nul. Des noms familiers, appris à l’école et gravés sur les cartels des musées, deviendraient des synonymes. Lucy s’appellerait autrement. Une part de la littérature scientifique demanderait un mode d’emploi.
Une proposition, pas une décision
Il s’agit d’un article d’opinion argumenté, pas d’un changement acté. La nomenclature ne se modifie ni par décret ni par vote : elle évolue quand la communauté adopte un usage. D’autres chercheurs défendent la position inverse, celle d’une multiplication des genres pour rendre compte de la diversité des formes.
Le débat mérite d’être suivi pour ce qu’il révèle : nos catégories ne sont pas dans le sol, elles sont dans nos têtes, et elles disent autant de notre façon de trier que des êtres que nous trions.