Les objets ordinaires du Paléolithique

Sophie Archambault de Beaune est préhistorienne, professeure à l’université Jean-Moulin-Lyon-III, où elle enseigne la préhistoire, la protohistoire et la muséographie des objets et savoirs techniques. Ses recherches se mènent au sein du laboratoire « Archéologies et sciences de l’Antiquité », à la Maison des sciences de l’homme Mondes.

Son entrée dans la discipline s’est faite par un objet que personne ne regardait : la lampe paléolithique. Sa monographie de 1987, Lampes et godets au Paléolithique, publiée en supplément de Gallia Préhistoire, recense et analyse ces coupelles de pierre creusées où brûlait de la graisse animale. Elle démontre au passage une évidence négligée : sans éclairage portatif, pas d’art dans les grottes profondes.

Une archéologie des gestes techniques

De là, une œuvre entière sur l’outillage non taillé et les gestes : broyeurs, percuteurs, pierres à moudre, outils de percussion. Ce sont les objets les moins spectaculaires des collections, souvent des galets, et ceux qui racontent le mieux le quotidien : préparer des pigments, écraser des végétaux, casser des os, entretenir un feu.

Sa méthode croise la tracéologie, l’expérimentation et la comparaison ethnographique, avec une exigence : ne conclure sur l’usage qu’à partir des traces, pas de l’intuition.

Comment pensaient-ils ?

Son second chantier est cognitif. Comment reconstituer les aptitudes mentales d’humains disparus à partir de leurs productions ? Elle a introduit en France l’analyse croisée de l’archéologie et de la neuropsychologie, en cherchant ce que la fabrication d’un outil complexe suppose de planification, de mémoire de travail, d’apprentissage et de transmission.

Un galet broyeur en dit parfois plus long sur une société qu’un chef-d’œuvre pariétal.

Passer les frontières disciplinaires

Peu de préhistoriens travaillent autant avec les historiens des techniques. Avec Liliane Hilaire-Pérez, elle a fondé la revue Artefact. Techniques, histoire et sciences humaines, qui met en dialogue préhistoire, histoire moderne et anthropologie des techniques. Elle a animé des séminaires au CNAM et à l’EHESS, notamment avec François Sigaut, et dirige une collection chez CNRS Éditions.

Elle a été directrice scientifique adjointe de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS en 2009 et 2010.

Écrire l’histoire de sa propre discipline

Ses travaux les plus récents portent sur l’histoire et l’épistémologie de la préhistoire : comment la discipline s’est constituée, quelles questions elle s’est autorisées, lesquelles elle a écartées. Elle mène en particulier une enquête sur la professionnalisation des femmes préhistoriennes depuis le début du XXe siècle : un pan entier de l’histoire des sciences resté dans l’ombre, où l’on découvre des dessinatrices, des assistantes et des chercheuses dont le nom n’apparaissait pas sur les publications.

Répartition des tâches et perceptions

Sur le Paléolithique supérieur, ses derniers travaux abordent les perceptions sensorielles et ce que l’archéologie autorise réellement à dire du partage des tâches entre hommes et femmes. Sa réponse est méthodologique avant d’être militante : dans la plupart des cas, les vestiges ne permettent pas de trancher, et il faut le dire, plutôt que de reconduire l’hypothèse la plus familière.

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