Un géologue du Cantal au Muséum

Marcellin Boule naît le 1er janvier 1861 à Montsalvy, dans le Cantal. Licencié en sciences naturelles et physiques en 1884, agrégé en 1887, docteur en 1892, il est d’abord un géologue et un paléontologue des mammifères : le volcanisme du Massif central, les faunes du Pliocène de Chilhac, les grottes de Montmaurin.

En 1902, il obtient la chaire de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle, qu’il occupera jusqu’en 1936. Il participe à la fondation de l’Institut de paléontologie humaine, dont il devient le directeur, et fonde les Annales de paléontologie. Pendant trente ans, il est l’une des autorités les plus puissantes de la discipline en France.

Le vieillard de La Chapelle-aux-Saints

En 1908, trois abbés, les frères Bouyssonie et Louis Bardon, mettent au jour en Corrèze le squelette néandertalien le plus complet connu à l’époque, dans ce qui apparaît comme une fosse sépulcrale. Ils confient l’étude à Boule, qui publie entre 1911 et 1913 une monographie considérable, L’homme fossile de La Chapelle-aux-Saints.

La description anatomique est d’une minutie remarquable. La reconstitution, elle, va peser un demi-siècle : Boule décrit un être au dos voûté, aux genoux fléchis, à la tête portée en avant, à la démarche traînante, et à l’intelligence limitée. Il l’exclut de notre ascendance, une branche latérale, éteinte sans postérité.

Un individu vieux et arthrosique, décrit comme s’il représentait toute son humanité.

Comment une erreur devient une image

Deux causes se conjuguent. La première est objective : l’individu de La Chapelle-aux-Saints était âgé, édenté, atteint d’arthrose sévère; ses articulations déformées ont été prises pour la norme de l’espèce. La seconde est culturelle : les représentations de l’époque n’envisageaient pas qu’une humanité disparue pût être notre égale, et le schéma d’une évolution linéaire vers sapiens exigeait des figures inférieures.

L’image se diffuse aussitôt (illustrations de presse, manuels, reconstitutions de musée) et engendre le Néandertal simiesque, courbé, hirsute, qui hante encore la publicité et le dessin de presse. Il faudra attendre les réexamens des années 1950 pour rétablir une posture entièrement verticale, et les décennies suivantes pour reconnaître à Néandertal ses sépultures, ses outils élaborés, ses pigments et sa part dans nos génomes.

Les Hommes fossiles, un manuel qui a fait des vocations

En 1921, Boule publie Les Hommes fossiles. Éléments de paléontologie humaine, longtemps l’ouvrage de référence en langue française. Le livre a formé des générations, et, détail savoureux, c’est celui qu’une marraine offrit à un adolescent parisien nommé André Leroi-Gourhan, qui en fit son entrée en préhistoire avant de démonter, plus tard, une partie de ses conclusions.

Le sceptique de Piltdown

Boule fut aussi l’un des rares, dès les années 1910-1920, à douter publiquement de l’Homme de Piltdown, ce crâne anglais qui associait commodément une boîte crânienne moderne à une mâchoire simiesque. Il fallut attendre 1953 pour que la fraude soit démontrée. Sur ce dossier, il avait raison contre l’establishment britannique.

Un héritage à double tranchant

Boule meurt le 4 juillet 1942 dans son village natal. Il laisse une institution, une revue, une méthode descriptive rigoureuse, et une caricature. Son cas est devenu, en histoire des sciences, l’exemple canonique de ce qu’une reconstitution peut faire dire à des ossements lorsqu’elle est guidée par ce que l’on attend d’eux.

Sources
  • Marcellin Boule, L'Homme fossile de La Chapelle-aux-Saints, Annales de paléontologie, 1911-1913.
  • Marcellin Boule, Les Hommes fossiles. Éléments de paléontologie humaine, Masson, 1921.
  • Encyclopædia Britannica, notice « Marcellin Boule ».
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