Cent trente-deux individus inhumés dans une même sépulture mégalithique au nord de Paris. Leur ADN montre une rupture nette vers 3000 avant notre ère : la population d’origine s’effondre, une autre venue du sud prend sa place.
La tombe se trouve près de Bury, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Paris. Elle a servi pendant deux périodes distinctes, séparées par un intervalle. C’est cette césure que l’étude publiée dans Nature Ecology & Evolution vient d’éclairer, en analysant le génome de 132 personnes qui y ont été déposées.
Deux populations sans lien de parenté
Les individus inhumés avant et après la rupture ne sont pas apparentés. « Nous observons une nette cassure génétique entre les deux périodes », résume Frederik Valeur Seersholm, de l’institut Globe de l’université de Copenhague, l’un des auteurs principaux. Le premier groupe ressemble aux populations d’agriculteurs du Néolithique du nord de la France et d’Allemagne ; le second montre de fortes affinités avec le sud de la France et la péninsule Ibérique.
Le scénario qui se dessine n’est pas celui d’un métissage progressif : la population locale se réduit drastiquement, puis de nouveaux venus remontent depuis le sud et s’installent.
Nous observons une nette cassure génétique entre les deux périodes.
Chercher la cause dans les os
Pour comprendre ce qui a provoqué ce déclin, l’équipe a employé une technique qui examine l’ensemble du matériel génétique conservé dans les ossements anciens ; pas seulement l’ADN humain, mais aussi celui des micro-organismes présents au moment de la mort. De quoi rechercher des traces de pathogènes et tester l’hypothèse d’une crise sanitaire.
L’enjeu dépasse largement l’Oise. Les mégalithes, dolmens, allées couvertes, alignements, sont le marqueur d’un monde néolithique qui s’étend de la Scandinavie à l’Ibérie. Savoir que ses bâtisseurs ont pu être remplacés plutôt que transformés change la lecture de tout un pan de la préhistoire européenne.