Une paléoanthropologue entre l’Italie et la France
Silvana Condemi est franco-italienne et directrice de recherche au CNRS. Son doctorat, soutenu en 1985 à l’université de Bordeaux I, porte sur les hommes fossiles de Saccopastore, en Italie, et leurs relations phylogénétiques : deux crânes néandertaliens anciens, découverts près de Rome, qui posent d’emblée la question qui structurera sa carrière : comment naît, varie et se termine une humanité ?
Habilitée à diriger des recherches en 1998, elle est responsable de la thématique paléoanthropologie à l’unité ADES de l’université d’Aix-Marseille.
Le peuplement de l’Eurasie
Ses travaux portent sur le Pléistocène inférieur et moyen européen, sur la variabilité des populations avant l’apparition de Néandertal proprement dit, et sur la rencontre entre néandertaliens et premiers hommes modernes, notamment au Proche-Orient. C’est un domaine où chaque fossile compte, où les séries sont maigres et où l’anatomie comparée doit être millimétrée.
Le menton de Mezzena
En 2013, l’équipe qu’elle dirige réexamine une mandibule mise au jour en 1957 à Riparo Mezzena, en Italie. Elle y observe l’ébauche d’un menton; un caractère typique d’Homo sapiens, en principe absent chez Néandertal; sur un os dont l’ADN mitochondrial indique pourtant une appartenance néandertalienne. L’équipe y voit un argument morphologique en faveur d’une hybridation entre les deux populations.
Les conclusions sont contestées dès 2016 par une étude génétique concluant à une attribution différente de la mandibule. L’épisode illustre l’état de la discipline : l’anatomie propose, la génétique dispose, et parfois les deux se contredisent, ce qui oblige à revenir aux collections.
Ce que l’os suggère, le génome peut le démentir, et l’inverse est vrai aussi.
Contre l’idée de « pureté »
Condemi est de ces chercheurs qui interviennent quand leur discipline est mobilisée dans le débat public. En novembre 2013, lors de l’affaire dite de « l’Ange blond » : cette enfant rom dont la blondeur avait suffi à faire accuser ses parents d’enlèvement, elle publie une tribune dénonçant la persistance de l’idée de populations « pures », qu’elle rapproche des raisonnements de l’anthropométrie raciale.
L’argument est scientifique autant que civique : la paléogénétique a montré que toutes les populations humaines actuelles sont issues de mélanges répétés, y compris avec d’autres humanités. La pureté n’existe nulle part dans notre histoire.
Faire lire la préhistoire
Avec le journaliste scientifique François Savatier, elle a signé plusieurs ouvrages qui font le point pour le grand public sur Néandertal et sur les origines de sapiens, en intégrant au fil des éditions les résultats de la paléogénétique. Leur intérêt tient à une qualité rare : ils indiquent les points où les chercheurs ne sont pas d’accord.
Une spécialiste de la variabilité
Le fil de son œuvre est là : mesurer la variation. Entre individus, entre populations, entre périodes. C’est en connaissant l’ampleur de la variabilité qu’on évite de baptiser une espèce nouvelle à chaque fossile un peu différent; le péché mignon de la paléoanthropologie depuis ses débuts.
Ses livres
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