Un organisateur de la jeune préhistoire
Né à Marseille en 1845, Émile Cartailhac s'installe à Toulouse et consacre sa vie à la préhistoire à une époque où la discipline se cherche encore. Directeur de la revue Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme puis animateur de L'Anthropologie, il joue un rôle central dans la structuration et la diffusion des recherches en France.
Le scepticisme face à Altamira
En 1879, l'Espagnol Marcelino Sanz de Sautuola signale d'extraordinaires peintures de bisons sur le plafond de la grotte d'Altamira, en Cantabrie. La communauté savante, Cartailhac en tête, crie à la supercherie : on juge inconcevable que des hommes préhistoriques aient pu produire un art aussi accompli, et l'on soupçonne une falsification. Sautuola meurt en 1888 sans avoir été cru.
Le « Mea culpa d'un sceptique »
Au tournant du siècle, la multiplication des découvertes de grottes ornées en France rend la position sceptique intenable. En 1902, après avoir visité Altamira avec le jeune abbé Breuil, Cartailhac publie dans L'Anthropologie un article resté fameux, « La grotte d'Altamira, Espagne. Mea culpa d'un sceptique », où il reconnaît solennellement son erreur et l'authenticité de l'art paléolithique.
Une reconnaissance fondatrice
Ce revirement public d'une autorité respectée met fin à une longue controverse et fait entrer l'art pariétal dans le champ scientifique. Aux côtés de Breuil, Cartailhac contribue ensuite à l'étude et à la publication des grandes grottes ornées.
Postérité
Mort en 1921, Cartailhac laisse le souvenir paradoxal d'un savant dont l'honnêteté intellectuelle, le courage de se déjuger, a marqué l'histoire des sciences autant que ses travaux. Son « mea culpa » est resté un cas d'école de rectification scientifique.
- Émile Cartailhac, « La grotte d'Altamira, Espagne. Mea culpa d'un sceptique », L'Anthropologie, t. 13, 1902.
- Émile Cartailhac & Henri Breuil, La Caverne d'Altamira à Santillane, Monaco, 1906.
- Michel Barbaza, 1902. Émile Cartailhac, le mea culpa d'un sceptique, Musée de Foix, 2002.
