Le paléontologue des campagnols
Jean Chaline naît le 18 février 1937 à Châlons-en-Champagne. Formation de géologue à Dijon, orientée vers le Quaternaire, puis une spécialité qui semble modeste et se révèle décisive : les rongeurs fossiles.
Les campagnols et leurs parents évoluent vite, leurs molaires changent de forme en quelques dizaines de milliers d’années, et se fossilisent en masse dans les remplissages de grottes. Ils constituent donc des marqueurs chronologiques d’une précision remarquable : là où une faune de grands mammifères donne une fourchette de plusieurs centaines de milliers d’années, une association de rongeurs peut resserrer la datation. Chaline en fait un outil systématique pour la biochronologie du Quaternaire européen.
Une carrière d’institution
Entré au CNRS en 1960, maître de recherche en 1973, il est élu en 1978 à l’École pratique des hautes études, où il dirige le laboratoire de préhistoire et de paléoécologie du Quaternaire. Directeur de recherche au CNRS, il dirige à Dijon l’unité qui deviendra le laboratoire Biogéosciences, et occupe la vice-présidence chargée de la recherche à l’université de Bourgogne.
Comment se fabrique une forme
Son second grand chantier est théorique. Chaline s’intéresse aux mécanismes de l’évolution, et particulièrement aux hétérochronies du développement : la façon dont un décalage dans le calendrier de croissance (accélération, retard, arrêt précoce) peut produire des formes adultes très différentes sans qu’il faille invoquer des myriades de mutations.
Appliquée à la lignée humaine, cette approche éclaire des traits classiques : notre crâne d’adulte conserve des proportions juvéniles par rapport à celui des grands singes, notre croissance est lente, notre maturité tardive. Chaline a contribué à faire entrer en France ce dialogue entre biologie du développement et paléontologie, aujourd’hui central sous le nom d’évo-dévo.
Des dents de campagnols pour dater les grottes, et le calendrier de la croissance pour expliquer les formes.
Des positions hétérodoxes
Une partie de son œuvre tardive s’éloigne du consensus. Avec l’astrophysicien Laurent Nottale et l’économiste Pierre Grou, il a proposé de lire l’histoire du vivant, et l’évolution humaine, à travers des lois log-périodiques, une modélisation mathématique qui ferait apparaître une accélération régulière des grandes étapes évolutives. La proposition n’a pas été reprise par la communauté des évolutionnistes, qui lui reproche de plaquer une régularité numérique sur des événements de nature hétérogène.
Il a par ailleurs exprimé sur d’autres sujets, dont le réchauffement climatique, des positions à contre-courant du consensus scientifique. Le signaler n’efface pas son apport : cela permet de lire son œuvre pour ce qu’elle est, avec ses acquis solidement établis et ses paris personnels.
Science et croyances
Chaline a également beaucoup écrit sur les rapports entre sciences de l’évolution et religions, terrain sur lequel il a défendu la légitimité et l’autonomie de la démarche scientifique face aux lectures créationnistes; un travail de pédagogie utile, à un moment où ces courants gagnaient du terrain en Europe.
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