Six dents, trois sites, deux changements d’acides aminés partagés : les données protéiques obtenues sur des fossiles chinois attribués à Homo erectus les rapprochent des Dénisoviens, et bousculent au passage les étiquettes des paléoanthropologues.

Quand l’ADN a disparu, il reste les protéines. Plus robustes, elles survivent des centaines de milliers d’années et livrent une information réduite mais précieuse : la séquence d’acides aminés, dont les variations trahissent la parenté.

Six dents, un signal commun

L’équipe de Qiaomei Fu publie dans Nature des peptides anciens issus de six dents provenant de trois sites chinois : Zhoukoudian, Hexian et Sunjiadong. Toutes partagent deux changements dérivés dans la séquence d’une protéine de la matrice de l’émail, l’améloblastine (AMBN).

Les gros titres disent que des données protéiques de dents d’Homo erectus montrent un lien avec les populations connues plus tard comme Dénisoviennes.

L’un de ces changements, une alanine remplacée par une glycine en position 253, n’avait jamais été observé chez un hominine. L’autre, vingt positions plus loin, substitue une valine à la méthionine ancestrale. Or cette seconde mutation est présente dans les génomes de Denisova 3 et Denisova 25, ainsi que dans les protéomes dentaires des fossiles de Harbin et de Penghu 1 ; ceux-là mêmes qui sont alignés avec les Dénisoviens.

Des étiquettes à revoir

L’hypothèse avancée par l’équipe est que les populations chinoises classées Homo erectus et celles connues comme Dénisoviennes ne sont pas des mondes séparés. Le paléoanthropologue John Hawks note que la difficulté est peut-être autant taxinomique que biologique : les anthropologues ont pu confondre des catégories mal découpées.

L’épisode illustre une tension permanente de la discipline. Les noms d’espèces sont des outils commodes, forgés sur des fossiles souvent fragmentaires ; les données moléculaires, elles, décrivent des continuums de parenté. Quand les deux se rencontrent, ce sont généralement les noms qui doivent céder.