Portrait général
Homo erectus est l’espèce humaine qui a duré le plus longtemps : environ 1,8 million d’années, des premiers fossiles africains et géorgiens jusqu’aux derniers représentants javanais, il y a environ 110 000 ans.
C’est aussi le premier à sortir d’Afrique, à peupler l’Asie de la Chine à Java, et à occuper des milieux très différents les uns des autres. À côté de cette longévité, les 300 000 ans d’Homo sapiens font figure de début.
Découverte
La découverte est celle d’un homme qui savait ce qu’il cherchait. En 1891, le médecin militaire néerlandais Eugène Dubois, parti aux Indes orientales avec l’idée explicite d’y trouver le « chaînon manquant », met au jour à Trinil, sur les bords de la Solo, une calotte crânienne puis un fémur.
Il les nomme Pithecanthropus erectus, « l’homme-singe debout ». L’accueil est glacial : on lui reproche d’avoir associé un crâne de singe à un fémur d’homme. Dubois, blessé, finira par soustraire les fossiles à l’examen pendant des années.
Les découvertes de Zhoukoudian, près de Pékin, à partir de 1921, lui donneront raison. Les fossiles chinois, décrits par Davidson Black puis Franz Weidenreich, ont malheureusement disparu en 1941 lors de leur évacuation devant l’avancée japonaise; il n’en reste que les moulages et les descriptions.
Les fossiles de référence
Java a livré, outre Trinil, les riches séries de Sangiran et de Ngandong. La Chine, celles de Zhoukoudian, Lantian et Hexian. L’Afrique, plusieurs crânes du Turkana et d’Olduvai selon la définition retenue.
C’est un ensemble énorme, réparti sur trois continents et près de deux millions d’années. C’est précisément ce qui rend l’espèce difficile à cerner : elle recouvre une variabilité que l’on découperait sans doute autrement si elle était vivante.
Anatomie et morphologie
La capacité crânienne progresse de 850 à plus de 1 100 cm³ au fil du temps; un doublement par rapport aux australopithèques, mais toujours en deçà de la moyenne actuelle.
Le crâne est bas et allongé, avec un os épais, un fort bourrelet sus-orbitaire, une carène sagittale et un occipital anguleux. Le menton est absent.
Le corps, lui, est déjà pleinement humain : taille de 1,45 à 1,80 m selon les populations, jambes longues, pied à voûte plantaire marquée.
Sortir d’Afrique
Erectus est présent à Dmanissi, en Géorgie, dès 1,8 million d’années, et en Chine, outils de Shangchen, vers 2,1 millions d’années. La sortie d’Afrique est donc précoce, et probablement multiple.
Elle ne suppose pas de grande traversée : il s’agit d’une expansion progressive le long de milieux comparables, à raison de quelques kilomètres par génération. La question ouverte est celle des bras de mer : la présence d’hominines à Florès et à Sulawesi, îles jamais reliées au continent, impliquerait une traversée, volontaire ou accidentelle.
Mode de vie et environnement
L’Acheuléen accompagne l’espèce en Afrique et en Europe, mais reste rare en Asie de l’Est, où dominent des outillages plus simples. L’explication la plus souvent retenue est l’emploi du bambou, matériau excellent et invisible en fouille.
Les indices de feu domestiqué se multiplient à partir d’un million d’années : Wonderwerk en Afrique du Sud, Gesher Benot Ya’aqov en Israël vers 790 000 ans. Le feu change tout : l’alimentation, la protection, la durée du jour utile.
Comment on le date
Les sites javanais sont datés à l’argon-argon sur les niveaux volcaniques, abondants dans cette région tectoniquement active. Zhoukoudian repose sur le paléomagnétisme, les séries uranium et la biochronologie. Les sites africains suivent la méthode habituelle des tufs.
Plusieurs dates javanaises ont été fortement révisées : les derniers erectus de Ngandong, un temps annoncés à 40 000 ans, sont aujourd’hui placés entre 117 000 et 108 000 ans.
Les derniers erectus
Alors que l’espèce disparaît d’Afrique et d’Europe, elle se maintient en Asie du Sud-Est. Les crânes de Ngandong, sur la Solo, appartiennent à des populations qui vivaient encore il y a 110 000 ans, à une époque où Homo sapiens était déjà installé en Afrique et Néandertal en Europe.
Cette persistance insulaire éclaire deux autres énigmes. Homo floresiensis, à Florès, et Homo luzonensis, à Luçon, sont deux formes de petite taille, isolées sur des îles, dont l’origine la plus souvent proposée est un erectus ayant subi une réduction insulaire.
Si cette lecture est juste, la descendance d’erectus ne s’est pas éteinte partout au même moment : elle s’est fragmentée, insularisée, et a survécu très tard dans les marges de son aire.
Débats et incertitudes
Le premier débat porte sur la délimitation de l’espèce : faut-il y inclure les fossiles africains, ou les distinguer sous le nom d’Homo ergaster ? Il n’y a pas de réponse objective, seulement des conventions.
Le second porte sur la descendance : les erectus asiatiques ont-ils laissé une postérité, ou se sont-ils éteints sans issue ? L’ADN de Denisova relance périodiquement la question.
Ce qu’il nous apprend
L’histoire de sa découverte vaut leçon. Dubois avait raison et n’a pas été cru; les fossiles de Pékin ont été perdus par la guerre; les datations ont varié d’un facteur trois. La connaissance préhistorique ne progresse pas en ligne droite : elle avance, revient, se corrige.
Ce qu’il reste à trouver
De l’ADN, ou à défaut des protéines anciennes, sur les fossiles asiatiques : c’est la seule voie pour savoir si les erectus tardifs ont croisé les populations qui sont arrivées ensuite.
Sites & fossiles majeurs
Java, Zhoukoudian (Chine)




