Les ossements de la Troisième caverne de Goyet, en Belgique, portent les mêmes traces de découpe que le gibier. Nouveauté : le profil biologique des victimes, majoritairement des femmes adultes et des enfants, indique qu’elles n’appartenaient pas au groupe local.

Le cannibalisme néandertalien n’est pas une nouveauté : plusieurs sites européens en portent la trace. Ce que l’on ignorait, c’est l’identité des victimes. L’étude publiée dans Scientific Reports à partir des restes de la Troisième caverne de Goyet apporte, pour la première fois, un profil biologique.

Entre 41 000 et 45 000 ans

Les os concernés sont datés d’une fourchette comprise entre 41 000 et 45 000 ans, c’est-à-dire dans les derniers millénaires de la présence néandertalienne en Europe. Les analyses indiquent que les individus ne faisaient pas partie du groupe néandertalien vivant sur place : ils venaient probablement d’ailleurs et ont été amenés dans la grotte.

Les traces sur les os sont explicites : incisions, fractures, traitement des carcasses en tout point comparables à ce que subissaient les animaux chassés. Les membres inférieurs semblent avoir été sélectionnés, et les os délibérément ouverts pour en extraire la moelle, riche en nutriments.

Alimentaire, pas rituel

Cette régularité technique oriente l’interprétation. Un traitement funéraire ou rituel laisse d’autres signatures, dépôts ordonnés, marques légères, absence de fracturation systématique. Ici, tout indique une consommation alimentaire, avec les mêmes outils et les mêmes gestes que pour le gibier.

Les mêmes techniques que celles employées sur les proies animales ont été appliquées à ces victimes humaines, ce qui indique qu’elles ont été traitées comme une source de nourriture.

Reste à comprendre le contexte : compétition pour des ressources rares en fin de période néandertalienne, violence entre groupes, ou pratique plus banale qu’il n’y paraît dans certaines sociétés. Le dossier est inconfortable, mais il fait partie du portrait, et rappelle qu’humaniser Néandertal, c’est aussi lui reconnaître nos propres brutalités.