À dix kilomètres de Tours, une cavité scellée par les sédiments jusqu’au XIXe siècle conserve des panneaux de tracés digitaux attribués aux Néandertaliens. Les datations par luminescence placent leur fermeture bien avant l’arrivée de Sapiens en Europe.
L’histoire commence par un chantier. En 1846, des ouvriers du chemin de fer extraient sable et graviers pour bâtir un remblai, en Touraine, et mettent au jour l’entrée d’une cavité restée scellée sous d’épaisses couches de sédiments. C’est La Roche-Cotard, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Tours.
Des tracés faits au doigt
Dans un espace appelé la salle du Pilier, à quinze ou vingt mètres de l’entrée actuelle, les parois portent des marques réalisées avec les doigts, tracées fermement dans une pellicule tendre qui recouvre la roche dure. Jean-Claude Marquet et ses collègues ont décrit ces panneaux : des dizaines de lignes parallèles, souvent convergentes, dessinant des formes ou remplissant des zones entières.
Chaque panneau comprend des dizaines de lignes parallèles, souvent convergeant en formes ou remplissant des zones de la paroi.
Il ne s’agit pas de figures animales : ni bison, ni cheval, ni main négative. Ce sont des tracés organisés, intentionnels, dont la signification nous échappe, ce qui n’enlève rien à leur portée. Produire délibérément des marques sur une paroi, dans un espace profond et obscur, suppose une intention et un projet.
La datation, nerf de la guerre
Tout repose sur l’âge. Les chercheurs ont appliqué la datation par luminescence stimulée optiquement (OSL) aux sédiments subsistant devant l’entrée, afin d’établir quand la cavité a été refermée. Si la grotte était scellée avant l’arrivée des humains modernes en Europe, alors seuls les Néandertaliens ont pu marquer ces parois.
La Roche-Cotard rejoint ainsi un petit club de sites qui documentent la vie symbolique néandertalienne, aux côtés des structures souterraines de Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne, aménagées il y a plus de 170 000 ans et elles aussi scellées jusqu’à leur découverte par des spéléologues.