
Portrait
Plus grand et plus haut sur pattes que les bisons d’aujourd’hui, le bison des steppes atteignait deux mètres au garrot pour une tonne. Ses cornes, portées largement à l’horizontale, s’écartaient de plus d’un mètre d’une pointe à l’autre, bien davantage que celles du bison d’Europe actuel.
Une bosse musculaire marquait son garrot, soutenue par de longues apophyses vertébrales : c’est elle qui porte la tête basse d’un animal qui broute en marchant, et qui déblaie la neige d’un mouvement du cou.
Le grand herbivore de la steppe
Il était, avec le cheval, l’animal le plus abondant de la steppe à mammouths; cet immense pâturage froid qui allait de l’Espagne à l’Alaska. Les hardes se comptaient probablement par centaines, et leur pâturage entretenait la prairie : en broutant, en piétinant, en fertilisant, ces grands herbivores empêchaient l’avancée des arbustes.
Les isotopes de ses dents disent un régime presque exclusivement fait de graminées. L’usure dentaire, très marquée, signale une nourriture chargée de poussière et de silice : brouter au ras d’un sol sec use les molaires vite.
Mode de vie
Comme les bisons actuels, il vivait en troupeaux : femelles et jeunes ensemble, mâles à part hors de la période du rut. La saisonnalité de sa reproduction se lit dans les gisements; certains sites ne livrent que des animaux morts en fin d’été, ce qui date les campagnes de chasse humaines.

Ce que le pergélisol a livré
L’Alaska et la Sibérie ont rendu des carcasses entières. Blue Babe, un mâle découvert près de Fairbanks en 1979 et vieux de 36 000 ans, portait encore sa peau et sa fourrure; teintées en bleu par un phosphate de fer formé pendant la fossilisation, d’où son surnom.
Ses blessures racontent sa mort : des marques de crocs et de griffes de lion des cavernes au cou et au dos, et un fragment de dent de félin resté fiché dans le cuir. Il avait été tué, partiellement mangé, puis gelé avant que les charognards ne reviennent.
Dans le monde des premiers humains
Le bison est, avec le cheval, l’animal le plus représenté de tout l’art paléolithique. Les plafonds d’Altamira lui sont consacrés, les bisons d’argile du Tuc d’Audoubert le modèlent en trois dimensions, et la scène du puits de Lascaux le met en présence d’un homme à tête d’oiseau.
C’était aussi une ressource majeure : viande, peau, tendons, cornes, et des os assez gros pour servir de combustible dans une steppe sans bois.
Ce qu’il est devenu
Il ne s’est pas éteint : il s’est transformé. Le bison des steppes est l’ancêtre du bison d’Amérique, passé par la Béringie, et il a contribué au patrimoine du bison d’Europe, lequel résulte d’une hybridation ancienne entre le bison des steppes et l’aurochs; un croisement révélé par la génétique en 2016, et qui explique une silhouette longtemps jugée bâtarde.
La forme des steppes, elle, disparaît vers 10 000 ans avec le biome qui la nourrissait.





