
Portrait
Le cheval sauvage du Pléistocène était plus petit et plus trapu que nos chevaux de selle : 1,30 à 1,40 mètre au garrot, 200 à 350 kilos, une grosse tête, une encolure épaisse et une crinière dressée; celle qui tombe sur le côté est un caractère apparu avec la domestication.
Sa robe était le plus souvent isabelle ou baie, avec une raie de mulet sombre le long du dos et parfois des zébrures aux membres. Les peintures pariétales montrent aussi des individus tachetés, longtemps jugés fantaisistes : jusqu’à ce que la génétique confirme, en 2011, que la mutation du pelage léopard existait bel et bien à l’époque.
Mode de vie
Animal de plaine ouverte, il vivait en petits groupes familiaux (un étalon, quelques juments, leurs poulains) et en groupes de célibataires. Brouteur strict de graminées, il partageait la steppe avec le bison sans le concurrencer vraiment : le cheval digère l’herbe pauvre plus vite et plus mal, ce qui lui permet d’en avaler davantage.

Bâti pour la course
Le cheval est un animal qui a tout misé sur la fuite. Il ne pose qu’un seul doigt au sol : le troisième, transformé en sabot; les autres ont disparu au fil de cinquante millions d’années d’évolution, dont on suit le détail dans les fossiles mieux que pour presque aucun autre groupe.
Ses pattes n’ont pas de muscles sous le genou : rien que des tendons, qui restituent l’énergie à chaque foulée comme des ressorts. Et il dort debout, un système de verrouillage des rotules lui permettant de se reposer sans s’allonger; dans une plaine sans abri, se coucher coûte trop cher.
Dans le monde des premiers humains
C’est, avec le bison, l’animal le plus dessiné du Paléolithique. Les chevaux ponctués de Pech Merle, la frise de Chauvet, les têtes de Lascaux, les innombrables gravures sur os et propulseurs : le cheval est partout.
Il est aussi partout dans les cuisines. À Solutré, en Saône-et-Loire, l’accumulation d’ossements au pied de la roche témoigne de milliers d’années de chasse : non pas des chevaux précipités du haut de la falaise, comme le raconte une légende tenace du XIXe siècle, mais des troupeaux interceptés dans le couloir de migration qui passe au pied du site.
La domestication, deux fois racontée
Longtemps attribuée à la culture de Botaï, au Kazakhstan, vers 3 500 avant notre ère, la domestication a été relue par la génétique. Les chevaux de Botaï ne sont pas les ancêtres des nôtres : ils appartiennent à la lignée du cheval de Przewalski.
Les chevaux domestiques modernes descendent d’une population des steppes pontiques, entre Volga et Don, domestiquée vers 2 200 avant notre ère puis diffusée à une vitesse foudroyante, remplaçant partout les lignées locales en quelques siècles. Ce qu’on a sélectionné alors se lit dans deux gènes : l’un pour un dos plus solide, l’autre pour un tempérament plus docile.
Ce qu’il en reste
Le cheval sauvage véritable a disparu : le dernier tarpan, sa forme européenne, meurt en captivité en Ukraine en 1909. Le cheval de Przewalski, sauvé de justesse par une poignée d’individus capturés vers 1900, n’est pas l’ancêtre du cheval domestique mais un cousin; probablement redevenu sauvage après une domestication ancienne et abandonnée.
Réintroduit en Mongolie depuis 1992, il y vit à nouveau en liberté : c’est l’un des rares retours réussis d’un grand mammifère éteint dans la nature.






