Dans les gorges de Cheddar, en Angleterre, une grotte a livré des crânes humains façonnés en coupes, et des os portant les traces de dents humaines. Il y a 14 700 ans, à Gough’s Cave, on a mangé des morts. Reste à savoir dans quel esprit.

Une grotte, cinq individus au moins

Gough’s Cave est fouillée depuis la fin du XIXe siècle, mais ce sont les campagnes récentes et les réexamens en laboratoire qui ont livré l’essentiel. Les restes humains appartiennent à au moins cinq individus, dont un enfant d’environ trois ans, contemporains du Magdalénien final.

Enterrer ses morts : les premières sépultures
Enterrer ses morts : les premières sépultures Zde, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Des crânes transformés en coupes

En 2011, une équipe du Natural History Museum de Londres démontre que trois calottes crâniennes ont été façonnées : la face et la base ont été détachées, les bords régularisés par percussion et raclage, jusqu’à obtenir des récipients réguliers. Le travail est méticuleux, répété, standardisé; ce n’est pas un débitage hâtif, c’est une technique.

La préhistoire était-elle violente ?
La préhistoire était-elle violente ? Justin Gawke, CC0 (Wikimedia Commons)

Les traces sur les os

Le reste du corps raconte une autre histoire, plus brutale : stries de découpe aux points d’insertion des muscles, désarticulation, fracturation des os longs pour extraire la moelle. Et, sur plusieurs pièces, des marques de mastication humaine; les mêmes que celles que laisse un humain qui décharne un os avec les dents.

Le même corps a été traité comme une carcasse et comme un objet précieux.

La gravure de 2017

En 2017, la même équipe publie l’examen d’un radius humain portant un motif en zigzag, gravé intentionnellement avant que l’os ne soit fracturé pour la moelle. La séquence est décisive : décoration d’abord, consommation ensuite. Difficile, dès lors, d’y voir un simple repas de survie.

Une journée avec un tailleur de silex magdalénien
Une journée avec un tailleur de silex magdalénien

Rite ou nécessité : le débat

Deux lectures s’opposent depuis quinze ans. Le cannibalisme de subsistance, d’abord : dans un environnement post-glaciaire instable, manger ses morts est une ressource. Mais la standardisation des coupes, la gravure, le soin apporté au façonnage plaident pour un cannibalisme funéraire, une manière de traiter les morts; les consommer pour les intégrer, conserver leur crâne comme un contenant.

Les deux ne s’excluent pas nécessairement, ce qui complique encore l’arbitrage.

Pourquoi la question reste ouverte

Parce que les os disent le geste, jamais l’intention. On sait exactement comment ces corps ont été traités : avec méthode, avec savoir-faire, à plusieurs reprises. Ce que ces gestes signifiaient pour ceux qui les accomplissaient reste hors d’atteinte, et c’est précisément ce qui rend le site fascinant.