Nos lointains ancêtres vivaient-ils dans une harmonie perdue, ou dans une guerre de tous contre tous ? La question dépasse la préhistoire : elle engage l’idée que nous nous faisons de la nature humaine. Les préhistoriens, eux, s’en tiennent aux traces, souvent ambiguës.

Deux mythes opposés

Deux images s’affrontent depuis des siècles. D’un côté, le mythe du « bon sauvage » : des chasseurs-cueilleurs paisibles, égalitaires, ignorant la guerre. De l’autre, celui de l’homme des cavernes brutal, la massue à la main, réglant tout par la force.

Ces deux caricatures en disent souvent plus sur les époques qui les ont forgées que sur la préhistoire elle-même. La réalité archéologique est plus nuancée.

Des blessures qui parlent

Les squelettes portent parfois les marques d’une mort violente. À Jebel Sahaba, au Soudan, un cimetière vieux d’environ 13 000 ans a livré de nombreux corps criblés d’éclats de projectiles : c’est l’un des plus anciens témoignages de violence collective connu.

Pour le Néolithique, des sites comme Talheim, en Allemagne, révèlent de véritables massacres : des dizaines d’individus, hommes, femmes et enfants, tués et jetés dans une fosse commune. La violence préhistorique n’est donc pas un mythe.

Violence individuelle ou guerre ?

Encore faut-il distinguer les formes de violence. Une blessure isolée peut résulter d’une rixe, d’une vengeance ou d’un accident de chasse, sans rien de « guerrier ». La guerre suppose autre chose : des groupes organisés s’affrontant de façon récurrente.

Les indices d’une violence collective existent, mais ils sont ponctuels. En tirer l’image d’une préhistoire en guerre permanente serait aussi excessif que de la nier.

La violence a-t-elle augmenté avec le Néolithique ?

Beaucoup de chercheurs observent une intensification des traces de violence à partir du Néolithique. L’explication est débattue : la sédentarité, l’accumulation de réserves, la propriété des terres et des troupeaux ont pu multiplier les motifs de conflit et donner naissance à des affrontements plus organisés.

Les massacres néolithiques mis au jour en Europe centrale nourrissent cette hypothèse d’une montée de la violence avec les premières sociétés agricoles.

Ni Éden ni enfer

Les données rassemblées dessinent un tableau contrasté : la préhistoire connaît la coopération, l’entraide et le soin aux blessés, mais aussi la violence, parfois collective et meurtrière. Aucune des deux images extrêmes ne résiste à l’examen.

La violence humaine n’est ni une invention récente ni une fatalité originelle. Elle varie selon les époques, les milieux et les modes de vie. C’est peut-être la seule réponse honnête que la préhistoire puisse donner.