Professeur d’anglais devenu préhistorien

Jean Clottes naît le 8 juillet 1933 à Espéraza, dans l’Aude. Études de lettres à Toulouse, puis un premier métier : professeur d’anglais au lycée de Foix. La préhistoire est d’abord une passion d’après-cours, dans une Ariège saturée de grottes ornées.

Elle devient un métier. Sa thèse, soutenue en 1975, porte sur les dolmens du Lot; dès 1971, il est nommé directeur des Antiquités préhistoriques de Midi-Pyrénées, puis conservateur général du patrimoine et conseiller scientifique du ministère de la Culture pour l’art préhistorique. Un poste d’où il aura vue sur presque toutes les découvertes majeures de la fin du siècle.

Niaux, Enlène, et la méthode du relevé

Ses terrains d’élection sont ariégeois : Niaux et son Salon noir, Enlène et ses milliers de plaquettes gravées, Les Églises. Il y pratique un relevé exigeant, appuyé sur l’analyse des pigments, la datation directe des charbons, la lecture des sols et des traces de fréquentation. L’art n’est plus seulement regardé : il est daté, analysé chimiquement, replacé dans une occupation.

Cosquer, puis Chauvet

En 1991, un plongeur marseillais annonce une grotte ornée dont l’entrée s’ouvre à trente-sept mètres sous la mer. Clottes conduit l’expertise de la grotte Cosquer, dont les datations révèlent deux phases séparées par plus de dix millénaires.

En décembre 1994, c’est la grotte Chauvet, en Ardèche. Il en dirige l’étude scientifique de 1998 à 2002 et publie les datations qui vont bouleverser la chronologie admise : les lions, les rhinocéros et les chevaux de Chauvet ont plus de 30 000 ans. Autrement dit, l’art paraît accompli dès ses premières manifestations connues; il n’y a pas eu d’apprentissage maladroit avant les chefs-d’œuvre.

Chauvet a supprimé l’idée rassurante d’un art qui progresserait du grossier vers le sublime.

L’hypothèse chamanique

En 1996, avec le préhistorien sud-africain David Lewis-Williams, spécialiste de l’art des San, il publie Les Chamanes de la préhistoire. La thèse : une partie des images des cavernes s’expliquerait par des états de conscience modifiés, dont l’ethnographie des sociétés chamaniques fournirait la clé (signes géométriques du premier stade de transe, parois traitées comme des membranes vers le monde des esprits, mains apposées pour capter la puissance de la roche.)

Le livre est un succès et une polémique. Les critiques, Jean-Paul Demoule notamment, reprochent l’usage d’analogies ethnographiques lointaines pour interpréter des sociétés séparées de nous par vingt millénaires. Clottes a répondu en précisant qu’il s’agit d’une hypothèse de travail, féconde parce que testable, et non d’une explication définitive.

Une diplomatie de l’art rupestre

Au-delà de la France, il a milité pour la reconnaissance et la protection de l’art rupestre mondial (Afrique australe, Inde, Australie, Amériques) au sein des organisations internationales, et défendu une idée simple : l’art des cavernes n’est pas un patrimoine national, c’est un patrimoine de l’espèce.

Un passeur

Auteur de dizaines d’ouvrages, dont beaucoup accessibles au grand public, il est aussi l’un des rares spécialistes à avoir accepté d’écrire sur ce qu’on ne sait pas. Ses synthèses consacrent régulièrement un chapitre entier aux interprétations concurrentes, une honnêteté qui explique l’autorité dont il jouit.

Aller plus loin
Sources
  • Jean Clottes & David Lewis-Williams, Les Chamanes de la préhistoire, Le Seuil, 1996.
  • Jean Clottes, La Grotte Chauvet. L'art des origines, Le Seuil, 2001.
  • Jean Clottes, L'Art des cavernes préhistoriques, Phaidon, 2008.
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