En traquant l’ADN d’insectes piégé dans le tartre de plus de 700 individus anciens, dont dix-huit Néandertaliens, deux chercheurs montrent que nos cousins consommaient des invertébrés dans des proportions comparables à celles des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest.

Le tartre dentaire est une aubaine pour les préhistoriens. Cette croûte minéralisée, formée par la plaque dentaire qui capte le calcium et les phosphates de la salive, emprisonne au fil des années des fragments de tout ce qui passe par la bouche, et les conserve pendant des dizaines de milliers d’années.

Une base de 10 000 génomes d’insectes

Manuel Piñero et Pablo Librado ont exploité cette archive d’une manière inédite : ils ont constitué une base de données de génomes mitochondriaux de plus de 10 000 espèces d’insectes, puis sont allés chercher ces signatures dans le tartre de plus de 700 humains anciens, dont dix-huit Néandertaliens. Résultat publié dans Science Advances : ils en ont trouvé, et beaucoup.

La comparaison est la partie la plus parlante de l’étude. Les Néandertaliens présentent autant d’ADN d’insectes dans leur tartre que les chimpanzés d’Afrique de l’Ouest actuels. Les humains modernes de l’Europe ancienne, eux, en présentent nettement moins.

Les Néandertaliens présentent autant d’ADN d’insectes dans leur tartre dentaire que les chimpanzés occidentaux ; les humains modernes anciens d’Europe, beaucoup moins.

Un régime plus large qu’on ne le dit

L’entomophagie n’a rien d’exotique : elle est pratiquée aujourd’hui par une grande partie de l’humanité et par la plupart des primates. Ce que l’étude apporte, c’est une trace matérielle là où l’on ne disposait que de suppositions ; les insectes ne laissent pas d’os à découper, pas de foyer de cuisson identifiable, presque rien pour l’archéologie classique.

L’image d’un Néandertal carnivore, spécialisé dans le grand gibier, s’en trouve nuancée une fois de plus. La prudence reste de mise : l’ADN d’insecte peut aussi arriver dans une bouche par contamination environnementale, et les auteurs eux-mêmes présentent leurs résultats comme un faisceau d’indices comparatifs plutôt que comme une preuve de menus quotidiens.