Géologue avant d’être paléoanthropologue

Brigitte Senut naît le 27 janvier 1954 à Paris. Maîtrise de géologie à l’université Pierre-et-Marie-Curie en 1975, puis spécialisation en paléontologie des vertébrés : sa thèse, soutenue en 1978, porte sur l’humérus et ses articulations chez les hominidés du Plio-Pléistocène.

Ce choix d’objet n’est pas anodin. Alors que la discipline se passionne pour les crânes et les mâchoires, elle prend le membre supérieur (coude, humérus, poignet) c’est-à-dire ce qui raconte comment un primate se déplace, grimpe, se suspend ou marche. Son habilitation, en 1987 au Muséum sous la direction d’Yves Coppens, porte sur le coude des hominoïdes.

Trente ans de terrain africain

Depuis 1986, elle dirige des expéditions en Ouganda, au Kenya, en Namibie, en Afrique du Sud, en Angola, au Botswana. Avec le chercheur britannique Martin Pickford, elle a mis au jour une série de grands singes fossiles qui comblent des trous majeurs du registre : l’Otavipithèque de Namibie (12 à 13 millions d’années), l’Ugandapithèque en Ouganda (20 millions d’années), le plus ancien grand singe connu d’Afrique du Sud, ou encore un crâne remarquablement conservé de Proconsul major.

Cette part de son œuvre est moins médiatisée que les hominines, mais elle est décisive : on ne comprend l’émergence de notre lignée qu’en connaissant le buisson des grands singes dont elle sort.

Orrorin, l’homme du millénaire

En 2000, dans les collines Tugen, au Kenya, son équipe met au jour douze fragments fossiles (fémurs, humérus, mandibule, dents) dans la formation de Lukeino. Datés d’environ six millions d’années, ils sont décrits en 2001 sous le nom d’Orrorin tugenensis, « l’homme originel » en langue tugen. La presse le baptise Millennium Man.

L’argument central porte sur le col du fémur, dont la structure interne est, selon les auteurs, celle d’un bipède. Si c’est exact, la bipédie remonterait au moins à six millions d’années; bien avant Lucy, et très près de la séparation d’avec les chimpanzés.

Un fémur de six millions d’années, et toute la chronologie de la bipédie à réexaminer.

Une thèse minoritaire, tenue avec constance

Senut et Pickford défendent une lecture qui ne fait pas consensus : celle d’une bipédie très ancienne, d’une lignée humaine séparée bien plus tôt qu’on ne le pense, et d’australopithèques qui ne seraient pas nos ancêtres directs mais un rameau latéral. La discussion, parfois vive, porte sur l’interprétation des fémurs, sur les datations et sur la place respective d’Orrorin, de Sahelanthropus et d’Ardipithecus.

Ce débat n’est pas tranché, et c’est précisément ce qui rend la période 5-7 millions d’années passionnante : trois fossiles majeurs, trois équipes, trois lectures.

Le désert du Namib comme laboratoire

Une autre partie de ses recherches porte sur la Namibie et l’Angola, où elle étudie l’évolution des faunes et des environnements sur des dizaines de millions d’années. Comprendre quand le désert s’est installé, quand les forêts ont reculé, c’est fournir le décor sans lequel aucun fossile d’hominoïde ne s’interprète.

Professeure au Muséum

Professeure au Muséum national d’histoire naturelle, département Histoire de la Terre, elle a formé de nombreux chercheurs et défend une paléoanthropologie ancrée dans la géologie et la paléontologie générale; celle qui date les couches, reconstitue les milieux et refuse de faire parler un fossile isolé.

Ses livres

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