Chasseurs, mais surtout cueilleurs
L’image du chasseur héroïque a longtemps masqué une réalité plus prosaïque : une grande part de l’alimentation préhistorique venait de la cueillette. Racines, tubercules, fruits, baies, noix, graines, champignons, miel, œufs : ces ressources végétales, plus régulières et moins risquées que le gibier, formaient l’ossature du régime quotidien, surtout à la belle saison.
Un savoir botanique immense
Cueillir suppose de connaître des centaines d’espèces : lesquelles nourrissent, lesquelles soignent, lesquelles empoisonnent, et à quelle saison les récolter. Ce savoir, transmis oralement de génération en génération, formait une véritable encyclopédie vivante. L’analyse du tartre dentaire y ajoute des surprises : les Néandertaliens d’El Sidrón consommaient des plantes amères, sans valeur nutritive, peut-être médicinales.

Cuire, broyer, conserver
Beaucoup de végétaux ne sont comestibles que transformés. On broyait les graines sur des meules — des grains d’amidon cuits ont été retrouvés sur des outils vieux de plus de 30 000 ans, preuve d’une « farine » bien antérieure à l’agriculture. On faisait griller, tremper, sécher pour neutraliser les toxines et conserver les surplus d’une saison à l’autre.

De la cueillette à l’agriculture
Au Néolithique, cette longue familiarité avec les plantes débouche sur un basculement : au lieu de récolter le sauvage, on sème et on domestique. Le blé, l’orge et les légumineuses sont sélectionnés ; la cueillette laisse place au champ. Mais la connaissance des plantes sauvages, elle, ne disparaît jamais tout à fait.
Un régime varié et équilibré
Contrairement au cliché du « tout-viande », le régime des chasseurs-cueilleurs était souvent diversifié et, selon les milieux, plutôt équilibré. Cette variété, dictée par les saisons et les territoires, a fait de l’être humain un opportuniste alimentaire hors pair — l’une des clés de son extraordinaire capacité à coloniser toute la planète.
Le miel et les petites proies
Parmi les aliments oubliés figure le miel, denrée sucrée et énergétique intensément recherchée. Des peintures rupestres, comme celles de l’abri de l’Araña en Espagne, montrent des humains grimpant récolter des rayons au péril des piqûres. Insectes, larves, escargots et petits animaux complétaient sans doute le menu — des ressources modestes mais nourrissantes, dont il ne reste presque aucune trace.
Lire les repas dans les dents
Comment sait-on ce qu’ils mangeaient ? Les indices sont multiples : microrestes de plantes coincés dans le tartre dentaire, usure des dents, composition chimique des os, grains d’amidon sur les outils, pollens et graines carbonisées. En croisant ces données, les archéobotanistes reconstituent des régimes étonnamment détaillés, saison par saison et région par région.