Dans les collines verdoyantes de Cantabrie, au nord de l'Espagne, la grotte d'Altamira occupe une place unique dans l'histoire de l'humanité : c'est la première grotte ornée dont l'art a été reconnu comme préhistorique. Son plafond couvert de bisons polychromes, peints il y a environ 15 000 à 18 000 ans, reste l'un des sommets absolus de l'art paléolithique.

La grotte qui a prouvé l'art préhistorique

L'histoire de sa reconnaissance est un roman. La cavité est repérée dès 1868, mais c'est en 1879 que Marcelino Sanz de Sautuola, un notable passionné de préhistoire, l'explore avec sa fille Maria. Tandis qu'il fouille le sol, la fillette lève les yeux et s'écrie, dit-on : « Papa, des bœufs ! » Elle venait de découvrir le fameux plafond.

Sautuola comprend aussitôt qu'il a sous les yeux un art très ancien. Mais la communauté savante refuse d'y croire : ces peintures sont trop belles, trop maîtrisées pour des « hommes des cavernes ». On le soupçonne même d'imposture. Il faudra sa mort, en 1888, puis la découverte d'autres grottes ornées en France (La Mouthe, Font-de-Gaume, Les Combarelles) au tournant du siècle, pour qu'Altamira soit enfin réhabilitée. Un tournant décisif : désormais, nul ne peut plus nier le génie artistique des premiers hommes.

Le plafond des bisons

Le chef-d'œuvre se déploie sur un plafond bas, dans une salle proche de l'entrée. Une quinzaine de bisons y sont peints en rouge, en ocre et en noir, certains debout, d'autres recroquevillés sur eux-mêmes. Le trait de contour souligne des corps modelés à l'estompe, et surtout les artistes ont exploité les bosses naturelles de la roche pour donner du volume aux animaux, qui semblent littéralement sortir de la pierre.

Autour des bisons se mêlent des chevaux, des biches gravées, un sanglier et des signes énigmatiques. L'ensemble compose une véritable fresque, longtemps considérée comme l'apogée de l'art magdalénien.

Des milliers d'années de fréquentation

Altamira n'a pas été ornée en une seule fois. Les datations récentes montrent que la grotte fut fréquentée pendant des dizaines de milliers d'années : certaines mains négatives et certains signes remontent à plus de 30 000 ans, tandis que le célèbre plafond polychrome date du Magdalénien, autour de 15 000 à 18 000 ans. Chaque génération a ajouté sa trace à ce sanctuaire.

Le savoir-faire des artistes

Pour peindre, les hommes d'Altamira broyaient des ocres et de l'hématite pour les rouges, du charbon de bois et de l'oxyde de manganèse pour les noirs. Ils appliquaient la couleur au doigt, au tampon de fourrure, ou la soufflaient pour obtenir des dégradés. Gravure et peinture se combinent, et le relief de la voûte est utilisé avec une intelligence stupéfiante. Le tout à la seule lueur de lampes à graisse.

Une fermeture pour survivre

Ouverte au public au XXe siècle, Altamira a connu un tel succès que l'afflux des visiteurs a mis les peintures en danger : le gaz carbonique, l'humidité et les micro-organismes apportés par les foules ont commencé à les altérer. Pour sauver le plafond, l'accès à la grotte originale a été drastiquement limité. Aujourd'hui, seuls quelques visiteurs, tirés au sort, y pénètrent chaque semaine, dans des conditions très strictes.

La Néocueva et le musée

Pour permettre à tous d'admirer le plafond sans le menacer, le Musée national et centre de recherche d'Altamira a construit une reproduction intégrale, la « Néocueva », d'une fidélité remarquable, qui restitue la salle des bisons et les techniques des artistes. Le musée propose en outre un parcours complet sur la vie au Magdalénien cantabrique. Altamira est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985, rejointe en 2008 par un ensemble d'autres grottes ornées du nord de l'Espagne.

Visiter Altamira

La grotte et son musée se trouvent à Santillana del Mar, l'un des plus beaux villages de Cantabrie. On visite la Néocueva et les collections permanentes ; l'entrée est gratuite certains jours de la semaine. Pour tenter sa chance dans la grotte originale, il faut s'inscrire au tirage au sort organisé sur place.