Un Marseillais et le Quaternaire
Henry de Lumley naît le 14 août 1934 à Marseille. Licence de sciences naturelles en 1955, doctorat en 1965 : il appartient à la génération qui va faire du Quaternaire méditerranéen (ses terrasses, ses plages fossiles, ses grottes) un objet d’étude systématique. Chargé puis directeur de recherche au CNRS à Marseille de 1955 à 1980, il y forme une équipe entière autour de l’étude conjointe des dépôts et des hominines fossiles.
Il épouse Marie-Antoinette de Lumley, paléoanthropologue, avec qui il mènera l’essentiel de ses travaux : elle étudie les restes humains, il conduit les fouilles et la géologie.
Le Vallonnet, Terra Amata : les débuts de l’Europe
En 1962, il prend la direction des fouilles de la grotte du Lazaret, à Nice, et entame l’étude de la grotte du Vallonnet, à Roquebrune-Cap-Martin; un site qui livrera des outils et une faune parmi les plus anciens d’Europe occidentale, autour du million d’années.
En 1966, un chantier immobilier niçois met au jour un gisement exceptionnel : Terra Amata. La fouille, menée en urgence, dégage des sols d’occupation de quelque 400 000 ans, avec des restes interprétés comme des structures d’habitat et l’un des plus anciens foyers aménagés connus en Europe. L’interprétation des « cabanes » a été discutée depuis, mais la démonstration d’une occupation structurée, répétée, saisonnière, a marqué la discipline.
Tautavel
Son nom reste attaché à la Caune de l’Arago, à Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, fouillée depuis 1964. Le 22 juillet 1971 y est mis au jour un visage humain presque complet, daté d’environ 450 000 ans : l’Homme de Tautavel, attribué à Homo erectus au sens large ou à un Homo heidelbergensis européen, selon les écoles.
Le site n’a pas livré qu’un crâne : des dizaines de restes humains, des centaines de milliers d’objets et une séquence stratigraphique de plusieurs mètres qui documente les allers-retours des groupes humains et des faunes au fil des cycles glaciaires. C’est l’un des rares gisements européens à offrir une telle durée.
Un demi-siècle de fouilles sur le même site : c’est ce qu’il faut pour lire 450 000 ans.
Des institutions et une école
Professeur au Muséum national d’histoire naturelle à partir de 1980, il y crée le premier troisième cycle de l’établissement, dirige le laboratoire de préhistoire, puis le Muséum lui-même de 1994 à 1999. Il aura également dirigé pendant près de quarante ans l’Institut de paléontologie humaine, fondé par le prince Albert Ier de Monaco.
Ses travaux se sont étendus hors d’Europe, notamment en Chine, sur le site de Yunxian, en collaboration avec les équipes chinoises, l’une des premières coopérations franco-chinoises en paléoanthropologie.
La vallée des Merveilles
Autre chantier, tout différent : les gravures rupestres de la vallée des Merveilles, dans le Mercantour, dont il a organisé le relevé systématique. Des dizaines de milliers de figures de l’âge du Bronze (corniformes, poignards, attelages) gravées à 2 000 mètres d’altitude, dans un paysage minéral qui rend l’entreprise à peine croyable.
Une conception de la préhistoire
De Lumley défend une préhistoire globale : géologie, sédimentologie, palynologie, faunes, industries, restes humains, le tout sur le même site et dans le même cadre chronologique. Cette exigence a produit des monographies massives, parfois arides, mais qui restent la base documentaire de tout ce qui s’écrit sur le Paléolithique ancien méditerranéen.
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