Un enfant du Kenya devenu archéologue

Né en 1903 dans une famille de missionnaires britanniques installés au Kenya, Louis Seymour Bazett Leakey grandit parmi les Kikuyu, dont il apprend la langue et les coutumes avant même l'anglais académique. Cette immersion précoce forge son intuition maîtresse : c'est en Afrique, et non en Asie comme on le pensait alors, qu'il faut chercher les racines de l'humanité. Formé à l'université de Cambridge en anthropologie et en archéologie, il conjugue toute sa vie l'érudition du chercheur et l'endurance du prospecteur de terrain.

Olduvai, le laboratoire d'une vie

Dès les années 1930, Leakey concentre ses efforts sur la gorge d'Olduvai, profonde entaille de la vallée du Rift qui expose des couches sédimentaires vieilles de près de deux millions d'années. Il y met au jour d'innombrables outils de pierre taillée qu'il rattache à la plus ancienne culture technique connue, l'Oldowayen. Longtemps, les fossiles humains lui échappent pourtant, et il faut attendre la patience conjuguée de sa femme Mary pour couronner ces décennies de fouille.

Des découvertes qui bouleversent la chronologie humaine

En 1959, Mary Leakey exhume à Olduvai le crâne robuste baptisé Zinjanthropus boisei (aujourd'hui Paranthropus boisei), daté d'environ 1,8 million d'années. Peu après, la famille découvre les restes qui serviront de type à une nouvelle espèce, Homo habilis, l'« homme habile », que Leakey présente en 1964 comme le probable artisan des outils d'Olduvai. Ces trouvailles reculent spectaculairement l'ancienneté du genre Homo et confirment l'antériorité africaine des premiers hominines.

Un passeur et un fédérateur

Au-delà de ses propres fouilles, Leakey fut un extraordinaire éveilleur de vocations. C'est lui qui lança sur le terrain les « trois anges » de la primatologie, Jane Goodall auprès des chimpanzés, Dian Fossey auprès des gorilles et Biruté Galdikas auprès des orangs-outans, convaincu que l'étude des grands singes éclairait le comportement de nos ancêtres. Conférencier infatigable, il popularisa la recherche sur les origines auprès du grand public.

Une postérité en forme de dynastie

Mort à Londres en 1972, Louis Leakey a laissé une œuvre poursuivie par une véritable dynastie scientifique : son épouse Mary, son fils Richard et sa belle-fille Meave, puis sa petite-fille Louise. Malgré des interprétations parfois contestées, il demeure celui qui a durablement déplacé le centre de gravité de la paléoanthropologie vers l'Afrique de l'Est.

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Sources
  • Virginia Morell, Ancestral Passions: The Leakey Family and the Quest for Humankind's Beginnings, Simon & Schuster, 1995.
  • Encyclopædia Britannica, « Louis Leakey » (biographie).
  • The Leakey Foundation, « The Discovery of Zinj » (leakeyfoundation.org).