Ils s’appellent les Devil’s Arrows, les Flèches du Diable, et ils sont les plus hauts monolithes dressés de Grande-Bretagne après celui de Rudston : trois piliers de grès, le plus grand frôlant les sept mètres, plantés en ligne à la sortie de Boroughbridge, dans le nord de l’Angleterre. Il y en avait quatre ; le quatrième a été débité et réemployé il y a des siècles. On les date, sans fouille récente, de la fin du Néolithique ou du début de l’âge du Bronze, autour de 2000 avant notre ère. Ce qu’on ignorait, c’est d’où venait la pierre. Une étude parue le 9 septembre dans les Proceedings of the Royal Society A le dit.

Du ruban adhésif et des grains de zircon

Anthony Clarke, de l’université Curtin à Perth, Jim Leary, de l’université d’York, et Christopher Kirkland ont appliqué aux monolithes une méthode qui ne les abîme pas : un ruban adhésif prélève à la surface quelques grains minéraux, dont des zircons et des apatites. Ces cristaux portent l’âge de la roche où ils se sont formés, du Paléozoïque jusqu’à l’Archéen, et cette distribution d’âges est une empreinte digitale : chaque affleurement de grès a la sienne, héritée des montagnes anciennes qui l’ont alimenté en sable.

Il suffit alors de comparer l’empreinte des monolithes à celle des affleurements de la région.

Brimham, pas Plumpton

La correspondance désigne Brimham Rocks, un chaos de tors de grès sculptés par le vent, à dix-huit kilomètres à l’ouest. Elle écarte Plumpton Rocks, plus proche, que l’on donnait pour la source évidente, jusque dans la notice officielle de protection du monument. L’hypothèse d’un transport naturel par les glaciers ne tient pas davantage : les glaces de la région ont coulé vers le sud depuis les Pennines, pas vers l’est.

Les bâtisseurs ont donc déplacé, sur au moins dix-huit kilomètres, trois ou quatre blocs de plus de vingt-cinq tonnes chacun, en passant devant une carrière qui aurait fait l’affaire.

Un choix, pas une commodité

C’est le point que les auteurs soulignent. Le lieu d’extraction n’a pas été choisi pour sa proximité, il l’a été pour ce qu’il représentait. Brimham Rocks est aujourd’hui encore un site spectaculaire, aux formes étranges ; il l’était il y a quatre mille ans. Prendre la pierre là, et non ailleurs, c’était emporter quelque chose de ce lieu vers le monument.

« Ces pierres n’ont pas simplement été prises à la source la plus proche », résume Anthony Clarke.

La même équipe avait montré en 2024 que la pierre d’autel de Stonehenge venait du nord-est de l’Écosse, à plus de sept cents kilomètres. Les Flèches du Diable racontent une histoire plus modeste par la distance, mais identique par le sens : dans la Grande-Bretagne du troisième millénaire, l’origine d’une pierre faisait partie de son pouvoir.

Ce que la méthode ne dit pas

La provenance est établie ; la date d’érection, elle, reste une estimation faute de fouille moderne au pied des monolithes, et le sens du choix de Brimham demeure une interprétation, plausible mais invérifiable. La technique du ruban adhésif, en revanche, a un avenir certain : elle permet d’interroger des monuments protégés sans y prélever un seul carottage, et elle pourrait s’appliquer à bien des alignements dont on ne connaît pas la carrière.