L'archéologue Peter Mitchell publie la première synthèse consacrée aux chiens des sociétés de chasseurs-cueilleurs, du début de la domestication à aujourd'hui. Il y défend une idée simple : au départ, l'homme n'a pas pris le loup sous sa coupe, les deux espèces sont entrées dans la relation à peu près à égalité.
Le plus ancien de nos animaux domestiques
Le chien est le premier animal que les humains aient domestiqué, bien avant le mouton, la chèvre ou le bœuf. La relation remonte à une quinzaine de milliers d'années au moins, à une époque où personne ne cultivait ni n'élevait quoi que ce soit : les partenaires du loup en voie de domestication étaient des chasseurs-cueilleurs.
C'est ce point de départ qu'explore First Dogs, publié fin août 2026 chez Routledge par Peter Mitchell, archéologue à Oxford. L'ouvrage rassemble les données archéologiques et anthropologiques disponibles sur ces sociétés et leurs chiens, en sortant des cas d'école habituels du monde du Nord pour aller voir en Amérique latine, en Afrique et en Asie du Sud-Est.
Une rencontre plutôt qu'une prise de contrôle
La thèse la plus discutée du livre porte sur les débuts. Plutôt qu'une domestication conçue comme une prise de contrôle, l'auteur défend un processus lent et complexe, où humains et loups seraient entrés dans la relation en partenaires relativement égaux, chacun y trouvant son compte.
Ce n'est pas une position isolée : plusieurs travaux récents décrivent une domestication par rapprochement progressif, autour des campements et de leurs déchets, plutôt que par capture délibérée de louveteaux. Elle reste toutefois difficile à trancher, car les premiers chiens sont osseusement très proches des loups et les datations demeurent discutées.
Plutôt qu'une prise de contrôle, une rencontre : humains et loups seraient entrés dans la relation en partenaires relativement égaux.
Des chiens façonnés par les milieux
Une fois la relation nouée, les chiens se sont diversifiés au rythme des milieux et des besoins de leurs compagnons humains. Les chiens de traîneau de l'Arctique, les auxiliaires de chasse des forêts tropicales, les chiens d'altitude porteurs de variants génétiques utiles en air raréfié : chaque contexte a produit ses spécialistes.
Cette diversité précède de très loin les races modernes, qui sont pour l'essentiel une construction des deux derniers siècles. Elle rappelle qu'un chien de chasseur-cueilleur n'est pas un chien de ferme, et qu'un même mot recouvre des animaux et des rôles très différents.
Ce que les chiens ont fait de nous
L'histoire n'a pas été à sens unique. Les chiens ont modifié la manière de chasser, de se déplacer, de garder un campement, parfois de se nourrir. Ils apparaissent dans les sépultures, ce qui dit quelque chose du statut que certaines sociétés leur reconnaissaient.
En France, les restes de chiens accompagnent les occupations depuis le Paléolithique final, et la question de leur rôle dans la chasse au grand gibier reste ouverte. Une synthèse comme celle-ci offre le cadre de comparaison qui manquait souvent pour interpréter ces découvertes locales.