Les écosystèmes actuels manquent de très grands herbivores, ces animaux de plus d’une tonne qui façonnent un paysage à eux seuls, ouvrent les milieux, dispersent les graines et entretiennent les prairies. On explique d’ordinaire leur raréfaction par une extinction sélective : les gros disparaîtraient plus vite, sous l’effet du climat ou de la chasse humaine. Une étude parue dans Nature Communications le 1er septembre 2026 retourne le raisonnement.

Vingt-trois millions d’années de mesure

L’équipe a reconstitué la diversification des ongulés africains sur 23 millions d’années, en s’appuyant sur des modèles de réseaux de neurones appliqués au registre fossile. L’intérêt de la méthode est de séparer deux choses qu’on confond souvent : le taux auquel des espèces disparaissent, et le taux auquel de nouvelles apparaissent.

Deux accélérations, puis un décrochage

À partir d’environ 7,2 millions d’années, les faunes d’ongulés africains connaissent une accélération simultanée des apparitions et des disparitions d’espèces. Puis les deux courbes se séparent. Les apparitions plafonnent après 3,6 millions d’années, tandis que les extinctions s’envolent au début du Pléistocène, il y a 2,58 millions d’années. Le résultat est une perte de diversité qui touche toutes les catégories d’herbivores.

Les grands s’éteignent moins, mais se renouvellent peu

Le point central est ailleurs. Contrairement à ce qu’on suppose, les lignées de grande taille ont un taux d’extinction intrinsèquement plus bas, et il en va de même des plus grosses espèces au sein de chaque famille. Les dentitions à couronne haute, qui durent plus longtemps face à un fourrage dur et abrasif, abaissent elles aussi le risque de disparition.

En revanche, les très grands herbivores produisent intrinsèquement peu d’espèces nouvelles, et cette production a encore été freinée par l’aridification des cinq derniers millions d’années. Le déficit ne vient donc pas d’une mortalité accrue mais d’un renouvellement en panne : quand une lignée s’éteint, rien ne vient la remplacer.

Ce que cela change pour le débat sur la mégafaune

La discussion sur la disparition des grands animaux oppose depuis des décennies le climat et l’homme. Ce travail ne tranche pas ce débat, et ne prétend pas le faire : il porte sur l’Afrique, sur une échelle de temps très longue, et s’arrête pour l’essentiel avant les extinctions récentes. Mais il ajoute une variable qu’on oubliait. Une faune peut s’appauvrir sans que personne ne l’ait tuée, simplement parce qu’elle a cessé d’inventer de nouvelles formes. Toute explication des disparitions du Pléistocène devra désormais compter avec ce fond de renouvellement bas.