Descendre dans le noir

Je quitte la lumière du jour et m’enfonce dans la grotte, une lampe à graisse à la main. La flamme vacille sur les parois blanches. Ici, personne n’habite : ce lieu est autre, réservé aux images. J’ai broyé mes pigments, ocres jaunes et rouges, oxydes de manganèse noirs, que je mêle et projette, souffle à la bouche ou applique au tampon.

Donner vie à la roche

Je ne peins pas au hasard. J’épouse les reliefs, je joue des bosses pour gonfler un flanc de taureau, j’étage les tracés pour suggérer le mouvement d’un troupeau. Pour atteindre la voûte, nous dressons un échafaudage de bois, on en retrouvera les encoches. La Salle des Taureaux, avec ses aurochs de plusieurs mètres, n’est pas un gribouillage : c’est une composition, pensée, transmise.

Mégacéros de Lascaux
Le mégacéros peint de la grotte de Lascaux (fac-similé), HTO · Domaine public
Lascaux
Lascaux JoJan, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Pourquoi ?

Vous me demanderez pourquoi. Je ne vous répondrai pas simplement. Chasse magique, mythe, rituel d’initiation, carte du ciel ou du monde animal : mes raisons vous échappent en partie. Mais sachez ceci, 17 000 ans plus tard, devant mes chevaux, vous vous tairez encore d’émotion. C’est peut-être cela que je voulais.

Descendre peindre

Muni de sa lampe à graisse, le peintre s’enfonce dans la grotte. Il broie ses ocres et son charbon, prépare ses pigments, grimpe sur un échafaudage de bois pour atteindre la voûte. À la lueur vacillante, il fait surgir chevaux, taureaux et cerfs, jouant des reliefs de la roche pour leur donner vie.

Un geste chargé de sens

Peindre si loin de la lumière du jour n’a rien d’anodin. La grotte est un lieu à part, peut-être sacré, où l’image compte plus que le regard qui la verra. Le peintre n’est pas qu’un artiste : il accomplit sans doute un acte rituel, dont le sens profond nous échappe encore.

Ce que nous savons vraiment

Lascaux, en Dordogne, abrite quelque 600 peintures et 1 500 gravures vieilles d’environ 18 000 ans. L’analyse des pigments, des échafaudages et des lampes retrouvés a permis de reconstituer les gestes de ces artistes magdaléniens — les auteurs de l’un des plus beaux sanctuaires ornés de l’humanité.