Reconstitution artistique.
Reconstitution artistique. Brennan Stokkermans, CC BY 4.0 (Wikimedia Commons)

Portrait

L’aurochs était un bœuf sauvage de grande taille : 1,80 mètre au garrot pour près d’une tonne chez les mâles, nettement plus que n’importe quelle vache d’aujourd’hui. Ses cornes, épaisses et dirigées vers l’avant, formaient une lyre pouvant atteindre 80 centimètres.

Les descriptions anciennes et les figures peintes s’accordent : les mâles étaient noirs avec une raie dorsale claire, les femelles et les jeunes brun-roux. Un dimorphisme de couleur qu’aucun bovin domestique n’a conservé aussi nettement.

Mode de vie

Il fréquentait les forêts claires, les marais et les prairies humides d’Eurasie et d’Afrique du Nord, en petites hardes. Contrairement au bison, animal de steppe ouverte, l’aurochs était lié aux paysages tempérés et aux fonds de vallée, ce qui l’a mis très tôt en concurrence avec l’agriculture.

L’ancêtre de tous les bovins

C’est de lui que descendent la totalité des vaches du monde, par deux domestications indépendantes : l’une au Proche-Orient il y a environ 10 500 ans, qui donne les races européennes et africaines; l’autre dans la vallée de l’Indus, qui donne le zébu.

Le génome d’un aurochs britannique séquencé en 2015 a montré que les bovins européens ont continué de se croiser avec des aurochs sauvages longtemps après la domestication : les troupeaux d’éleveurs et les hardes libres ne vivaient pas séparés.

Squelette (montage de musée).
Squelette (montage de musée). Ivan Iofrida, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Dans le monde des premiers humains

Il domine la salle des Taureaux de Lascaux, où le plus grand mesure plus de cinq mètres; la plus vaste figure animale de tout l’art pariétal. On le retrouve à Chauvet, à Niaux, gravé sur des plaquettes et sculpté.

Après la préhistoire, il reste un animal de prestige : César le décrit dans la Guerre des Gaules, un peu plus petit qu’un éléphant, d’une vitesse et d’une force redoutables, et raconte que les Germains faisaient de ses cornes des coupes cerclées d’argent.

Comment on sait à quoi il ressemblait

Aucun aurochs n’a été photographié : il s’éteint deux siècles avant l’invention du procédé. On le reconstitue donc à partir de trois sources qui se recoupent.

Les ossements d’abord, nombreux et bien datés, qui donnent la taille, la carrure et la courbure des cornes. Les textes ensuite : César, puis le baron von Herberstein qui, en 1556, publie une gravure d’après nature accompagnée d’une mention sans équivoque; « je suis urus, que les Polonais appellent tur ». Et enfin l’art pariétal, qui livre ce que ni l’os ni le texte ne donnent : la robe, la raie dorsale, le mufle clair.

Une extinction datée à l’année près

C’est un cas rare : on connaît la date exacte de sa disparition. Chassé, concurrencé par le bétail, privé de ses forêts, l’aurochs recule pendant tout le Moyen Âge. Les derniers survivent dans la forêt de Jaktorów, en Pologne, sous protection royale, l’une des premières mesures de conservation de l’histoire.

La dernière femelle y meurt en 1627, de maladie. Aucun humain ne l’a tuée : la population était descendue à quelques dizaines d’individus consanguins, trop peu pour survivre à une épizootie.

Le faire revenir ?

Plusieurs programmes tentent de « reconstituer » l’aurochs en recroisant des races bovines primitives qui en ont gardé des traits; les frères Heck dans les années 1920, puis les projets Tauros et Uruz aujourd’hui.

Le résultat est une vache qui lui ressemble, pas un aurochs : on peut sélectionner une silhouette et une robe, on ne recompose pas un génome perdu. Ces animaux servent surtout au pâturage extensif des réserves européennes, ce qui est déjà utile.