Un enfant du Quercy
Michel Lorblanchet naît en 1937 dans le Lot, à quelques kilomètres des grottes qui feront sa vie. Directeur de recherche au CNRS, il a consacré sa carrière à l’art pariétal, avec un point d’ancrage : le Quercy et ses cavités ornées (Pech Merle, Cougnac, Les Fieux, Sainte-Eulalie.)
Cet enracinement n’a rien d’anecdotique. Connaître un territoire pendant cinquante ans, c’est pouvoir comparer des grottes voisines, suivre des traditions graphiques locales, revenir sur un panneau vingt ans après une première lecture avec de nouveaux outils.
Refaire pour comprendre
Sa contribution la plus célèbre tient en une expérience. Plutôt que de décrire une fresque, il a entrepris de la refaire. Sur une paroi choisie hors de toute grotte ornée, il a reproduit le panneau des chevaux ponctués de Pech Merle par la technique du crachis; le pigment projeté à la bouche, la main servant de pochoir.
Le résultat a surpris : la fresque, que l’on imaginait fruit d’un long travail collectif, peut être exécutée en quelques heures par une seule personne. Le corps entier y participe : la position, la distance, le souffle, la salive, la quantité de poudre en bouche. La technique cesse d’être un détail matériel pour devenir un objet d’étude à part entière.
Il a rendu à l’art des cavernes ce que l’analyse lui avait retiré : un corps, un souffle, une durée.
L’archéologie expérimentale comme discipline
Cette démarche s’inscrit dans un courant plus large, qui teste les hypothèses en refaisant les gestes : tailler le silex, allumer un feu, monter un vase au colombin, transporter une dalle. Sa spécificité, appliquée à l’art, est d’avoir montré que le geste laisse des signatures reconnaissables sur la paroi (densité des points, granulométrie du pigment, bavures, zones de recouvrement) et donc que l’on peut, en observant finement, reconstituer la manière dont une image a été produite.
Du Quercy à l’Australie
Ses travaux ne sont pas restés européens. Il a étudié l’art rupestre australien, où des traditions graphiques vivantes ou récemment éteintes offrent ce qui manque cruellement en Europe : des artistes, des contextes, parfois des explications. Cette comparaison l’a conduit à la prudence, les mêmes formes peuvent recouvrir des significations totalement différentes, et à replacer l’art paléolithique européen dans une histoire mondiale du graphisme humain.
Des synthèses de référence
Auteur de plusieurs ouvrages majeurs, dont de grandes synthèses sur les grottes ornées de la préhistoire et sur l’art pariétal du Quercy, Lorblanchet a laissé des livres qui servent aujourd’hui de manuels, précis sur les techniques, prudents sur les interprétations.
Une école du regard
Dans la lignée d’André Leroi-Gourhan, mais avec une méthode propre, il a fait de l’art des cavernes un objet à la fois rigoureux et incarné. On lui doit d’avoir déplacé la question : moins « que signifie cette image ? » que « comment, avec quoi, en combien de temps et dans quelle position a-t-elle été faite ? », car c’est en répondant à la seconde qu’on gagne quelques droits sur la première.
Ses livres
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