Sur le site de La Roche-à-Pierrot, des archéologues ont identifié des perles en coquillage percées et des pigments vieux d’au moins 42 000 ans. C’est le plus ancien atelier de parures connu en Europe occidentale, en contexte châtelperronien.

Une équipe menée par Isabelle Crevecoeur (laboratoire PACEA, CNRS / université de Bordeaux) a publié en septembre 2025 dans les PNAS l’étude d’un ensemble de coquillages marins percés et de pigments provenant de la couche châtelperronienne du site de La Roche-à-Pierrot, à Saint-Césaire (Charente-Maritime) ; le plus ancien atelier de parures en coquillage documenté en Europe de l’Ouest.

Des coquillages venus de la côte

Les coquillages sont des littorines plates, de petits gastéropodes dont la coquille était perforée pour être enfilée. Ils proviennent du littoral atlantique, à une centaine de kilomètres, et les pigments d’affleurements distants de plus de 40 km : la matière première a donc été transportée sur de longues distances, signe de réseaux et de déplacements organisés.

Pourquoi parler d’atelier

Le caractère d’atelier repose sur la présence de coquillages non encore percés et de perforations dépourvues de traces d’usure : une production intentionnelle sur place, et non de simples perles finies importées. L’association d’une industrie du Paléolithique supérieur ancien et de perles en coquillage n’avait jamais été mise en évidence aussi tôt en Europe occidentale.

Pour la première fois en Europe de l’Ouest, une industrie du Paléolithique supérieur ancien est associée à un véritable atelier de perles en coquillage.

La datation combine luminescence (OSL), résonance de spin électronique (ESR) et radiocarbone dans un modèle bayésien. Elle place l’ensemble à au moins 42 000 ans, dans une fourchette d’environ 41 600 à 48 400 ans avant le présent.

Néandertal ou Sapiens ?

Le principal débat porte sur l’identité des artisans. Le Châtelperronien marque la transition entre les derniers Néandertaliens et l’arrivée d’Homo sapiens en Europe. Or les parures corporelles sont habituellement associées à Sapiens : les auteurs proposent que ces artisans aient été influencés par une première vague d’Homo sapiens, voire lui aient appartenu, sans trancher définitivement.