Le généticien David Reich avance une hypothèse inhabituelle : l’expansion qui a apporté des gènes africains aux premiers Néandertaliens, il y a quelque 250 000 ans, aurait aussi pu leur apporter le débitage Levallois et d’autres innovations.
On sait depuis plusieurs années que des populations venues d’Afrique ont contribué au patrimoine génétique des Néandertaliens, bien avant les métissages tardifs avec Sapiens. La prépublication de David Reich s’intéresse à ces interactions autour de 250 000 ans, et pose une question que les généticiens abordent rarement.
Les gènes voyagent, les techniques aussi ?
Si des groupes ont échangé des gènes, ils ont pu échanger autre chose. Reich suggère que l’expansion géographique qui a introduit ces gènes africains a également transporté des innovations culturelles vers le domaine néandertalien.
Peut-être l’expansion géographique qui a apporté des gènes africains a-t-elle aussi apporté des innovations culturelles aux premiers Néandertaliens.
Les archéologues avaient de longue date relevé les points communs entre les industries lithiques associées aux Néandertaliens et les outillages du Middle Stone Age africain contemporains. Reich mentionne les stratégies de débitage Levallois qui sous-tendent les assemblages moustériens, un usage accru du feu et de meilleures techniques d’emmanchement.
Une liste qui pourrait s’allonger
Le paléoanthropologue John Hawks, qui commente l’hypothèse, ajouterait volontiers d’autres éléments au dossier : l’usage de l’ocre et des pigments, le réaffûtage et le recyclage plus poussés des artefacts, une organisation plus structurée des campements.
L’hypothèse a le mérite de reconnecter deux archives que la spécialisation académique sépare : la génétique des populations et la culture matérielle. Elle reste, à ce stade, une proposition à tester ; la ressemblance entre deux industries lithiques peut aussi refléter des solutions convergentes à des problèmes identiques, ce que les préhistoriens savent depuis longtemps. Mais la question mérite d’être posée : les idées ont-elles suivi les gènes ?